Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

2016, une année difficile pour les fans de K-pop

Mis en ligne en janvier 2017

Le girlsband 2NE1 au festival de musique MTV-DAUM 2011

« 2016 est une mauvaise année pour la K-pop ! » K, c’est pour Korean. Si vous avez la (mal)chance d’avoir un familier du genre dans votre entourage, vous pourrez lui répondre avec un amusement teinté d’agacement : « Je sais, ça fait deux ans que tu le dis ! » Son verbiage incessant est souvent incompréhensible (utilisation d’un vocabulaire spécifique), sans être erroné pour autant. 2016 est une (troisième) mauvaise année pour la K-pop.

Des artistes forcés de mettre un terme à leur activité

La YG Entertainment (souvent abrégée en YG Ent.) officialise l’abandon du groupe féminin phare 2NE1 par son agence, et une majorité de fans estiment que la K-pop a signé par la même occasion son arrêt de mort. Le girlsband, qui a contribué à la diffusion de ce genre musical, n’est pas le seul à souffrir de telles déconvenues. D’autres groupes ont été forcés de mettre un terme à leurs activités, pour une durée indéterminée dans le meilleur des cas… Cependant, on peut avancer l’argument que les mécanismes même de la K-pop et certaines lois de son foyer de diffusion se mettent en travers de sa longévité. Si vous êtes nouveau dans ce débat, détendez-vous, on vous explique.

Trop de groupes, moins d’originalité

2016 a vu naître près de 80 nouveaux groupes (sans compter les sub-units), un nombre important, mais pas phénoménal si l’on considère les standards de cette discipline. Or, près d’une centaine de groupes avaient débuté en 2015. Un tel volume met à mal l’originalité recherchée dans les concepts. C’est ici qu’on observe une première divergence d’opinion entre les fans. Certains pensent que la K-pop s’essouffle, d’autres préfèrent parler de renouvellement, comme Emma et Nathan, des étudiants en L1 qui écoutent cette musique depuis la troisième. Emma nous explique que, pour elle, « ça tend de plus en plus vers le mainstream ; les chanteurs doivent faire leur service, et après ils ont juste envie d’avoir une vie tranquille, comme tout le monde. Être une idole à 35, voire 40 ans, ce n’est plus possible niveau restrictions contractuelles ». Nathan, lui, pense que « les groupes de la deuxième génération s’essoufflent ». De plus, il remarque que les nouveaux groupes « ont tendance à prendre la place » de leurs aînés, apportant un nouvel élan à la K-pop. Même s’il finit par nous confier que ce nouveau souffle « ne [lui] correspond pas » car il a grandi avec les anciens groupes, et en conséquence a du mal à s’identifier aux nouveaux venus.

L’idée d’échanger un ancien groupe contre son « sosie » actuel est la goutte qui fait déborder le vase. Certains rookies ont d’ailleurs reçu un accueil défavorable en Europe à cause de ressemblances fortuites avec un groupe plus ancien. On peut citer Sonamoo (qui a fait ses débuts avec le titre Déjà Vu, le 29 décembre 2014) dont le concept initial était similaire à celui du boysband B.A.P… qui était à ce moment-là en pleine bataille judiciaire contre la TS Entertainment. Exemple plus récent : le girlsband Blackpink (débuts le 8 août 2016 avec Whistle et Boombayah) a été créé volontairement par la YG Entertainment de telle façon qu’il soit très ressemblant au groupe 2NE1.

Stars sous surveillance

Pour expliquer les déclarations d’Emma et de Nathan, rappelons que chaque citoyen sud-coréen est censé effectuer un an et neuf mois de service militaire entre 20 et 30 ans (sauf exceptions). Ne pas se soumettre à cette obligation est très mal vu dans le pays. Alors, quand un membre d’un groupe est convoqué sous les drapeaux, les autres membres « partent en hiatus » (se mettent en pause), à moins qu’ils aient une carrière solo à laquelle se consacrer.

Et le contrat alors ? Cette clause est un peu plus malléable. Malgré tout, le contrat comporte des restrictions assez surprenantes. Les stars n’ont pas l’interdiction de fréquenter quelqu’un mais elles doivent demander une autorisation au directeur de l’agence. Celle-ci est accordée, ou non, en fonction de la popularité du groupe par exemple. Mais ce critère est loin d’être le seul : le sexe de « l’idole » entre aussi en jeu. Par exemple, les deux chanteurs de l’unit Hi Suhyun : Lee Hi (chanteuse solo) et Lee Chan Hyuk (chanteur du duo Akdong Musician) ont sollicité une telle autorisation auprès du directeur de leur label (YG Entertainment). Lee Hi n’a pas obtenu le précieux sésame, contrairement à son collègue… Et cette interdiction (dating ban) n’est pas la seule à peser sur la vie des stars coréennes, d’où la difficulté d’assumer un tel métier après un certain âge.

Et si vous pensez que les clauses du contrat sont la seule difficulté, vous oubliez sans doute que le public coréen lui-même est très dur avec ses stars. Vous en doutez ? L’histoire du scandale de Park Bom (ex-chanteuse du groupe 2NE1), qui s’est déroulé en 2014, devrait vous convaincre.

Le scandale Park Bom, chanteuse de 2NE1

Park Bom a vécu un certain temps aux États-Unis. La législation concernant les médicaments est évidemment différente selon les pays : elle est en l’occurrence plus stricte en Corée du Sud. La chanteuse avait l’habitude d’importer sa médication depuis les US, sa grand-mère se chargeant de les récupérer pour elle. Or certains produits considérés comme des médicaments aux US sont vus en Corée comme… de la drogue… En conséquence, cet arrangement a été considéré comme du trafic par les autorités et par les fans coréens de 2NE1. Le directeur de la YG, label sous lequel se produisait 2NE1, a dans un premier temps publié une lettre d’explications en faveur de sa recrue, avant de faire volte-face dans un second temps et d’affirmer que Park Bom avait besoin de temps pour réfléchir à ses erreurs. Une injustice flagrante pour les fans internationaux du girlsband, d’autant plus que la chanteuse a été éloignée de la scène pendant deux ans à la suite de ces accusations.

Mais, me direz-vous, en quoi est-ce différent cette année ? La K-pop n’a jamais été dépourvue de scandales, d’hypocrisie ou de nouvelles têtes.

La vague coréenne s’immisce dans la culture occidentale

La principale différence avec 2013, c’est que la K-pop n’a jamais bénéficié d’un tel éclairage médiatique. Un autre étudiant, Grey, affirme d’ailleurs que « la K-pop a un avenir extrêmement brillant ». Elle s’immisce peu à peu dans la culture occidentale, comme le prouve l’augmentation du nombre de collaborations entre les artistes américains et sud-coréens (CL côtoie Miley Cyrus et Dr. Pepper, Skrillex a participé à la production du dernier album de 4Minute). Depuis Gangnam Style de PSY fin 2013, la vague coréenne a retrouvé le nom de « hallyu ». Ce terme est apparu dans la Chine des années 1990 où il désignait déjà une vague culturelle d’origine sud-coréenne. La K-pop sait s’exporter, s’adapter aux nouveaux marchés qu’elle convoite. Grey fait remarquer que le sentiment de nostalgie est compréhensible, même si « remettre en question des centaines de nouveaux talents car Bae n’a pas fait de comeback est complètement ridicule ». Charlie, un ami d’Emma et Nathan, ne nie pas cette mine de talents poussés sous les feux de la rampe, mais il se déclare « perdu » dans cette abondance de styles, de groupes et de concepts.

L’année 2016

Cette année 2016 est marquée par le disband de 4Minute après sept ans d’activité (aucun membre à part HyunA n’a eu la possibilité de renouveler son contrat ), et la décision prise par les membres de Bigbang d’effectuer leur service militaire en même temps pour éviter de prolonger le hiatus du groupe. Ajoutez à cela quelques événements tragiques postérieurs à 2014 (décès du leader d’Ulala Session des suites d’un cancer, disparition de deux membres de Ladies Code dans un accident de voiture…) et vous comprendrez pourquoi 2016 est une mauvaise année, peut-être pas pour la K-pop, mais pour une grande partie de ses fans du monde entier.

Sarah Nicos

Lexique

Units. Un groupe.
Sub-units. Sous-unité (un groupe formé dans un autre groupe).
Mainstream. Désigne ici de la musique pop massivement populaire, grand public.
Rookies. Groupes ayant débuté récemment.
Disband. Séparation du groupe pour des raisons variées.

Pour en savoir plus

Site officiel de la YG Ent.
À propos du service militaire en Corée du Sud
Recensement des groupes en 2016
Parcours de Blackpink

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