Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Des avions sans pilote d’ici 20 ans?

En juin dernier, le constructeur aéronautique américain Boeing a annoncé son intention de mettre au point des avions sans pilote à bord. Dans quelles mesures pouvons-nous nous attendre à voir se développer ces avions ?

(Photo: Andy Mitchell/Telstar Logistics)

Des raisons économiques

Cette volonté de concevoir de tels appareils part principalement d’une réduction de coûts. En effet, une récente étude de la banque suisse UBS avance la possibilité de réaliser des économies jusqu’à 35 milliards de dollars soit environ 28 milliards d’euros. Cette somme représente plus de 90% de la masse salariale des pilotes ainsi que le coût de leur formation. De plus, les compagnies aériennes rencontrent des difficultés à trouver des pilotes pour les années à venir. D’après Monsieur Philippe Yazigi (professeur d’aéronautique à l’IPSA Paris), « Comme la plupart des changements technologiques, ce vif intérêt porté aux avions sans pilote se justifie par des motifs économiques. L’industrie du transport aérien engrange des bénéfices considérables, enregistre une augmentation des vols long-courriers et voit ses capacités renforcées jour après jour. Le secteur aérien est actuellement en quête de pilotes pour compenser entre autres, les départs à la retraite et les absences pour maladie. Le développement des UAV (drones) et des avions sans pilote pourrait représenter une solution économique pour pallier la pénurie mondiale de pilote ». Le développement de tels avions engendrerait des gains considérables pour les compagnies (+50% pour Air France, +60% pour EasyJet et 100% pour American Airlines et United Airlines). De plus les vols autonomes seraient plus économes en kérosène (carburant).

Des raisons de sécurité et d’efficacité

(Trajectoire du vol n°9525 de la Germanwings. crédit: Andrew Heneen)

Outre les raisons économiques, il existe d’autres raisons pour lesquelles les constructeurs et les compagnies s’intéressent aux avions sans pilote. En effet, bien que l’avion soit le moyen de transport le plus sûr, il existe des défaillances qui sont dans une majorité des cas dues à des erreurs humaines, par exemple lors du vol n°9525 de la compagnie allemande Germanwings qui devait relier Barcelone à Düsseldorf, l’avion a crashé suite à l’intention du co-pilote Andreas Lubitz de se suicider. Un crash similaire ne pourrait plus se produire à l’avenir. « Un autre argument en faveur des avions sans pilote est la sécurité. En effet, il est prouvé que la moitié des accidents d’avions mortels sont causés par une erreur d’un membre de l’équipage » (P.Y). En plus des bénéfices en termes de sécurité, ces avions pourraient permettre d’optimiser l’espace aérien et les aéroports afin de faire voler plus d’avions dans un futur où le trafic aérien va se multiplier.

Un blocage plus éthique que technologique

A priori, avec les progrès réalisés sur les véhicules autonomes ces dernières années, il n’y a pas de freins technologiques au développement et à la mise en service ultérieure des avions sans pilote. Le plus grand défi sera de convaincre les autorités de régulation du trafic aérien de permettre l’utilisation de tels avions ainsi que de convaincre les passagers de monter dans ces avions à cause des nombreuses réticences. En effet, selon l’étude de la banque UBS, sur 8 000 personnes interrogées, seuls 17% des sondés se disent prêt à l’éventualité de voler à bord d’un avion sans pilote et 54% des sondés déclarent ne pas vouloir prendre place à bord d’un tel avion même si le billet est moins cher. D’après Monsieur Philippe Yazigi, « Pour autant, ces nouveaux appareils avant de pouvoir voler, devront surmonter de nombreux obstacles réglementaires et faire leurs preuves aux yeux des régulateurs. Il convient donc de nuancer l’idée d’avion parfaitement automatisé et fonctionnel à court terme. L’automatisation se fera vraisemblablement de manière progressive … le défi ne se borne pas à l’aspect technologique ou aux enjeux sociaux. Il existe aussi un obstacle majeur au niveau de la perception du public ».

 

Même s’il n’y a pas vraiment de frein au niveau technologique, il existe un frein au niveau de la perception des passagers, la transition vers ce genre d’appareil va sans doute être progressive avec tout d’abord des pilotes qui vont être des « superviseurs ». De plus des économies pourraient être réalisés dans un contexte de crise, notamment au niveau du coût de formation des pilotes et cela pourrait être une solution à la pénurie de pilotes que nous rencontrons actuellement.

Adrien Leclerc

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