Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Concilier sport et études, utopie ou réalité ?

Pour un sportif, le fait d’alterner entre entraînements et études peut être sujet à de nombreuses difficultés. Désaccords familiaux, tensions, stress, fatigue, échec scolaire… Témoignage de Louis, nageur passionné en STAPS parcours kinésithérapie.

Louis, profitant d’un moment de détente avant de plonger dans ses cahiers.

Le Cygne Noir : Bonjour Louis, aujourd’hui nous discutons un peu de toi et des deux facettes dont se composent tes journées en tant qu’étudiant. Prêt ?

Louis : Allons-y !

LCN : Quand j’ai salué tes parents tout à l’heure, ils t’ont qualifié de pile électrique à l’agenda de ministre. Pourquoi ?

L : *sourire* Et bien parce que ça résume bien ma semaine d’étudiant en fait, j’ai toujours des choses à faire et je ne veux pas vraiment m’arrêter.

LCN : Cela aurait-il un rapport quelconque avec la natation ? J’ai entendu dire que tu étais une petite graine d’athlète !

L : Un athlète il ne faut peut-être pas exagérer, mais je fais pas mal de sport en effet.

LCN : Peux-tu m’en dire un peu plus ?

L : Sans doute. Je nage depuis que je suis gamin en réalité. J’ai même été bébé nageur ! Ma mère a toujours insisté pour que j’apprenne à nager, que je sois à mon aise dans l’eau, c’est une chose essentielle selon elle, rien que pour le coté sécuritaire. Je pense que ma passion pour ce sport me vient de là, du moins à la base. Au début c’était utilitaire comme on dit, puis j’ai appris à aimer ça. J’ai bien essayé d’autres sports comme le tennis, le judo ou l’équitation, mais j’ai toujours fini par revenir vers les bassins, je ne trouvais pas ma place hors de l’eau… C’est difficile à expliquer.

LCN : Et donc dans l’eau, tu y es, à ta place ?

L : C’est peu dire ! Je me sens chez moi dans l’eau, je pourrais y passer toute la journée. Remarquez que j’y passe déjà beaucoup de temps…

LCN : La natation est un sport ingrat. Tu confirmes ?

L : Dans la mesure où il faut s’entraîner tous les jours de manière intensive, côtoyer la douleur pendant 1H30 à 2H, et cela 5 à 6 jours sur 7, sans compter les compétitions, oui, on atteint des sommets. On doit s’entraîner dur, répéter encore et encore. C’est difficile sur tous les plans. Et bien souvent, pour un sprinteur comme moi, cet entraînement n’est appliqué que sur une course variant d’une vingtaine de secondes à deux minutes. Alors quand vous vous entraînez pendant des mois, et que le jour J vous craquez sous la pression ou la fatigue, ça fait mal. Et malheureusement ça arrive plus souvent qu’on voudrait bien le croire. Quand la perf est là, c’est souvent une amélioration de quelques dixièmes, tout au plus, du moins pour les épreuves de sprint. C’est une histoire de détails, et sur 50m, tout peut basculer en une fraction de seconde. Il suffit d’un tout petit relâchement de la concentration, et c’est la catastrophe : vous faites l’erreur et vous prenez +0,5 secondes sur votre temps. Et là c’est fini, car les écarts entre les temps des nageurs sont justes infimes…

LCN : Tu parles en connaissances de cause on dirait… Et que fais-tu après un coup dur pareil ?

L : J’essaye de rester focalisé sur les épreuves à venir, de ne pas penser aux erreurs, car ça te plombe et c’en est fini après.

LCN : Je reviens sur une chose que tu as mentionné précédemment. Tu m’as dit qu’il était possible de s’entraîner 5 ou 6 fois par semaine sans compter les compétitions. Mais alors avec ces dernières, qui sont le week-end rappelons-le, comment fais-tu pour gérer tout ça ?

L : Ce n’est pas toujours évident ! Je dirai que le maître mot c’est l’organisation. Évidemment, c’est facile à dire comme ça… Mais à partir du moment où le soir après les cours, tu t’entraînes ; le samedi midi, tu t’entraînes ; et que quasiment tous les week-ends tu es rendu en compétition, et bien le temps libre est relativement restreint, donc c’est une obligation. Un nageur, et tout sportif pratiquant de manière assidue doit être organisé et ne jamais prendre de retard. Certaines compétitions commencent même le vendredi, donc ça peut créer un déséquilibre en plus. Il faut rester vigilant. On joue parfois avec le feu, donc il faut faire des choix, des impasses stratégiques.

LCN : Tu es donc en train de me dire que tu as parfois négligé tes études pour le sport. N’est-ce pas un peu irresponsable de ta part ? Ne peux-tu pas te fixer simplement une limite ?

L : Si, bien sûr que si. Souvent en rentrant de compète, j’ouvre mon sac et je me dis que ça ne va jamais passer, trop de choses à faire, pas assez de temps, trop de fatigue, tout ça. On fait tous des erreurs, on est entraîné par l’adrénaline de l’évènement qui arrive et on fait la mauvaise impasse : le boulot après. Beaucoup ne comprennent pas ça, et je sais que mes parents les premiers sont très réfractaire à ce genre de philosophie. Le pire c’est qu’ils ont raison, il ne faut pas faire ça car le sport ne nous sauvera pas quand on aura raté nos études. Alors après quelques expérimentations on se raisonne, on s’entraîne moins quand le travail n’arrive plus à suivre. Un soir il faut aller nager, mais on n’a pas mal de choses à faire pour le lendemain alors on reste à la maison. On essaye de s’avancer dès que possible aussi, en compète on apporte du travail, même si ce n’est pas évident avec l’émulation collective et le bruit autour. Il n’empêche que rater un entraînement ce n’est pas toujours évident, car il manque quelque chose… Pour moi nager c’est un besoin physiologique. L’activité physique me permet d’être serein et d’attaquer mon travail efficacement. Je me suis vidé l’esprit dans l’eau et la mise au travail et la concentration sont meilleures. En clair, la coupure n’est pas forcément bonne, surtout dans ce sport. Arrêtez de nager 1 semaine et à votre retour vous aurez déjà régressé. De plus, après quelques jours sans nager je ressens un manque immense, c’est assez étrange comme sensation ; J’ai besoin de ressentir cette sensation d’épuisement musculaire, j’ai besoin de danser avec la limite de mon corps. Je pense donc que le temps est le pire ennemi du sportif, et la vision des choses est propre à chacun. Mais personnellement j’y arrive cette année et si je rencontre un souci je saurais réagir, j’ai assez d’expérience pour ça.

LCN : Justement, peux-tu me dire comment tu vas gérer sportivement ces semaines à venir ?

L : Étant en L1 STAPS Kiné cette année, il faut vraiment que je réfléchisse à l’influence de mes décisions sportives, car la dose de travail est vraiment importante, et je ne peux pas me permettre de folies. Donc avant toute chose ma semaine n’est pas définie, ma décision d’aller à l’entraînement peux changer en un battement de cil, ça dépend du boulot et du feeling. Je pars cependant sur un objectif de 4 entraînements par semaine, pour avoir un minimum de résultats. Il m’est arrivé de ne nager que deux fois car je ne trouvais pas ça raisonnable à cause du boulot à faire à la maison. Donc nager moins ne me dérange pas du tout, je ne veux pas faire d’erreur avec mon avenir. Quand c’est plus calme, je peux facilement aller nager 5 fois, ce n’est pas un problème non plus… Mon coach a bien compris ma situation, et même s’il voudrait que je passe mon temps dans l’eau, il me laisse gérer tout ça.

LCN : Une compétition importante en vue peut-être ?

L : Elles le sont toutes ! *rires* Réellement, comme j’ai changé de région pour mes études, je dois passer par tous les échelons, si je peux dire. Je dois me qualifier aux différentes compétitions, de l’échelle départementale à nationale, et la difficulté augmente évidement après chaque échéance. La semaine prochaine je tenterai donc de valider mon ticket pour les championnats de France en grand bassin, mais ça ne sera pas une mince affaire ! En faisant une bonne compétition, même sans faire le job, je peux décrocher une qualification au niveau nationale pour l’année prochaine, ce que j’avais déjà décroché plusieurs fois au lycée, et mine de rien, ça permet de souffler et d’avoir plus de temps au travail, ce qui ne serait pas trop mal pour valider sereinement mon semestre !

LCN : Pour finir, as-tu une opinion sur la conciliation du sport en général et des études ? Est-ce une utopie ?

L : Je ne vais sûrement pas être objectif dans mon jugement, mais pour moi c’est totalement possible, j’y réussi d’ailleurs assez bien. Cependant je pense qu’il faut fixer des limites dès le départ, et s’y tenir. Ce qui est important, ce sont les études, le sport passe après. Associer les deux n’est pas forcément évident et ce n’est pas donné à tout le monde. Peut-être qu’il y a un facteur chance là-dedans, je ne sais pas trop. Il est clair que parfois on joue avec le feu, on est sur la corde raide comme les funambules et on risque de se ramasser méchamment, mais l’homme a besoin de challenge et d’adrénaline, pas vrai ? Donc pour finir, je voudrais dire que réussir scolairement c’est essentiel. Faire du sport c’est cool. Réussir à faire les deux, c’est mieux !

LCN : Merci Louis pour cet échange et bonne chance pour la suite !

L : Merci !

Entretien réalisé par Quentin Arderiu

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