Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Des vacances en championnat de vol à voile

Mis en ligne en décembre 2017

L’aéroclub de Lasham, Photo Sophie Faure.

Peu après le lever du soleil, l’aérodrome de Lasham se réveille. Familles, amis et pilotes prennent leur petit déjeuner. Tout le monde profite des 2 dernières semaines d’aout 2017 au championnat d’Europe de vol à voile : la compétition, c’est un peu une colonie de vacances ! On dort dans un bungalow, sous la tente ou dans la caravane, les enfants peuvent se coucher tard, sortir quand et où ils veulent (sauf sur la piste bien sûr !), aller courir partout, crier si cela leur fait plaisir, on passe nos journées dehors, on fait des rencontres inoubliables ! Tout le monde se dit bonjour, enfin… Tout le monde se dit « hello », pour être sûr d’être compris. Les différentes nationalités se croisent, se félicitent des performances de la veille.

Christophe COUSSEAU devant un De Havilland DH89 Dragon rapide, avant la compétition, Photo Sophie Faure.

 

Mais il ne faut pas se fier à cette ambiance bonne enfant ! Les vélivoles présents, sont des pointures du vol à voile, avec déjà plusieurs milliers d’heure de vol derrière eux, et bien souvent champions nationaux, internationaux, et dans le classement mondial.

Un système bien rodé

Une fois que le corps s’est acclimaté aux basses températures anglaises, certains participants, vont préparer leur planeur pour la journée :

  • Enlever les housses qui le protègent de l’humidité la nuit, et le nettoyer.
  • Remplir les ballasts (autrement dit : mettre de l’eau dans les ailes, pour que le planeur soit plus lourd et donc plus rapide. Certaines machines peuvent recevoir jusqu’à 300 litres d’eau !).

    La pesée des planeurs le matin, avec le crachin d’Angleterre, Photo Sophie Faure

  • Faire peser le planeur, pour que personne ne dépasse le poids maximum autorisé.
  • L’emmener à la place qui lui est attribué sur la piste de décollage : chaque jour cette place est modifiée pour que celui qui décolle en dernier, ne soit pas toujours pénalisé

La plupart du temps, c’est le dépanneur qui fait ce rituel tous les matins. Il s’agit généralement d’un ami du compétiteur. Il s’occupe du côté technique, pour laisser plus de temps au concurrent, afin qu’il ait l’esprit libre et qu’il puisse affiner la stratégie avec le reste de son équipe. Son travail s’arrête une fois que le planeur a décollé, et reprend dès l’atterrissage.
Arrive l’heure des briefings. Parce que oui, il y en a plusieurs ! Tout d’abord, les équipes se réunissent entre elles pour faire un bilan de la veille. Les visages se concentrent et écoutent attentivement les encouragements de l’entraineur.

Puis vient l’heure du briefing général. Le brouhaha emplit la grande salle. Les équipes nationales s’installent. Tous ceux qui veulent aussi écouter, s’entassent dans le fond : ce sont principalement les compagnes et les dépanneurs, qui veulent connaitre la tâche du jour. On commence par récompenser les meilleurs scores de la veille. On étudie la météo pour la journée et rappelle quelques règles de sécurité pour le bon déroulement de la compétition. Et enfin, bien évidemment, on présente les différents circuits : qui peuvent faire entre 200 et 500km ! Tous, sur leur carte, ajoutent leur touche personnelle : des repères visuels faciles à analyser lorsque que l’on doit se concentrer sur son vol.
Les planeurs présents sont répartis en 3 catégories : les 15m, les 18m, et les libres. Cette dernière regroupe de magnifiques machines allant jusqu’à presque 31m d’envergure. Pour s’adapter au mieux aux performances de chaque planeur selon sa catégorie, il y a donc 3 circuits différents. Et pour chacun d’entre eux, sont prévus d’autres circuits au cas où les conditions météorologiques évolueraient. Chaque jour, les pilotes participent à une nouvelle manche composée d’un circuit de vitesse, avec des points de virages imposés. Ils sont parfois effectué à près de 120km/h de moyenne !

Trois photos de circuits durant la compétition, et une carte des conditions météorologiques, Photos Sophie Faure.

 

Ça s’agite sur l’aérodrome… En piste !

Les équipes se réunissent de nouveau. L’entraineur donne ses conseils. Les objectifs de la journée sont fixés ! Les participants, leur famille et leur dépanneur se retrouvent sur la piste de décollage. Il faut nettoyer une dernière fois le planeur et vérifier que tout est en place, que l’on a rien oublié. Pas de stress apparent : les concurrents sont là pour profiter et prendre du plaisir en vol.
On attend patiemment sur la piste, l’heure des décollages. Les vélivoles se concentrent… Car même s’ils sont là pour s’amuser, c’est un sport dans lequel l’attention doit être permanente afin d’optimiser les performances, mais aussi pour ne pas faire d’erreurs qui pourraient avoir de très graves conséquences matérielles, voir humaines.
Voici ce que fait habituellement à ce moment-là, Christophe COUSSEAU, membre de l’équipe de France de vol à voile depuis 2009 : « Mon rituel est simple, j’essaie de passer quelques minutes à bord du planeur, au sol avant le décollage, pendant lesquelles j’associe respiration profonde et image personnelle positive. Après ce petit moment de relaxation, je reprends ma fiche d’épreuve et ma carte pour faire l’imagerie mentale du circuit du jour et recentrer mon attention sur la tâche du jour. »

Alexander Schleicher ASH 25 EB 28 motorisé : magnifique machine de la compétition, à très grande envergure, Photo Sophie Faure.

Sur la piste de décollage, Photo Sophie Faure.

Les planeurs et leur pilotes se préparent avant le départ, Photo Sophie Faure.

Planeurs de performances : un Jonker JS1 et deux Alexander Schleicher ASG 29, alignés, juste avant leur décollage, Photo Sophie Faure.

Et bon vol !

L’aérodrome vu du ciel, Photo Sophie Faure.

Ça y est, le ballet des décollages commence ! La dizaine d’avions s’envolent les uns derrière les autre, remorquant l’un des 59 planeurs de la compétition. Au bout de quelques minutes ils se reposent, on lui accroche un autre planeur, et le défilé reprend. En moins de trois quart d’heure, tous les concurrents sont en l’air, et disparaissent de la vue des spectateurs. Là-haut , avant le lancement de l’épreuve (qui a lieu après le dernier décollage de la catégorie), « Nous avons quelques minutes pour nous, pour profiter du paysage […] et surtout savourer la chance de pouvoir voler sur des formules 1 du ciel. ».

Planeurs en vol, Photo Sophie Faure.

Team Point de l’équipe de France, pendant les EGC 2017, Photo Sophie Faure.

Une fois les compétiteurs envolés, on espère que les conditions de l’après-midi vont être bonnes, et que notre favori va réussir son épreuve ! Pendant ce temps, certains vont faire des courses, pour le barbecue du soir avec l’équipe de France, tandis que d’autres s’occupent, se détendent, ou travaillent dans leur bungalow. L’entraineur, lui, suit en temps réel l’évolution de son équipe depuis le Team Point : son ordinateur, et une radio à la main pour leur donner des conseils.

 

 

 

Le spectacle des atterrissages, Photo Paul Haliday.

Les premiers candidats sont enfin de retour. Le spectacle des atterrissages…! Les trainés d’eau s’écoulant de leurs ballasts (qu’il faut vider avant de toucher le sol), rendent ce tableau splendide ! Tous les dépanneurs sont au bord de la piste. Ils scrutent l’arrivé de leur pilote pour aller le féliciter, et l’aider à dégager au plus vite le planeur, afin de laisser la place aux autres qui viennent aussi se poser. Les concurrents peuvent désormais relâcher leur concentration, tandis que leur allié part nettoyer et préparer la machine pour le lendemain.

L’une des 2 vaches de Christophe COUSSEAU, Photo Sophie Faure.

Un téléphone vibre… Un français n’a pas réussi à regagner le terrain car il était trop bas. Il s’est vaché : il s’est posé dans un champ à quelques kilomètre de l’aéroclub. Son dépanneur monte en voiture. Il atèle la remorque du planeur, puis part le chercher. Pour l’atteindre, on emprunte parfois pendant un long moment, de petits chemins entre les terres des agriculteurs. Il faut ensuite démonter les ailes et l’empennage horizontal de la machine pour pouvoir la transporter dans sa remorque, et enfin la remonter, une fois arrivé sur l’aérodrome de Lasham.
Toute l’équipe les attendent pour le repas. Au menu : anecdotes des vols du jour, rires, blagues et climat chaleureux, contrairement la fraîche et capricieuse météo britannique.
La bonne humeur et la convivialité règne durant tout le séjour!

Les vacances sont déjà finis…

Le dernier soir, au cours de la cérémonie de clôture et de la remise des prix, le drapeau de la FAI (Fédération Aéronautique Internationale) est confié au représentant Polonais pour la prochaine rencontre européenne de 2019 !

Podium de la catégorie des 15m, Photo Sophie Faure.

Avant de se quitter, Christophe COUSSEAU me décrit son expérience personnel avec le vol a voile. Il faut savoir qu’il est plusieurs fois champion de France, vice-champion d’Europe, 4ème au classement mondial, et qu’il aura l’honneur de représenter de nouveau la France au championnat du Monde en République Tchèque à Pribram en aout 2018 :

« Le vol en championnat international requière une concentration importante, sur une longue durée. Le véritable challenge est de garder cette capacité d’analyse intacte pendant tout le championnat.
La compétition me semble un moyen efficace pour acquérir un niveau suffisant pour la réalisation de vol intéressant en planeur.
Voler me procure avant tout un grand sentiment de liberté, une vision du mode sans frontière perceptible à l’exception des frontières naturelles. Le vol en planeur ne requière aucune énergie sinon celle directement disponible dans la nature, en totale harmonie! »

Sophie Faure

Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont permis d’assister à cet évènement inoubliable, ainsi que l’équipe de France de vol à voile pour leur convivialité et pour cette immersion au cœur des compétitions en planeur, et plus particulièrement Christophe COUSSEAU sans lequel je n’aurais pu être présente à ce championnat, et qui a accepté de répondre à mes questions.

 

Pour en savoir plus :

Résultats détaillés de la compétition
Lien Facebook de la compétition
Site officiel de l’équipe de France de planeur
Fédération française de vol à voile
L’aérodrome : Lasham Gliding Society

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