Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Femmes et industrie : l’amour impossible ?

Mis en ligne en décembre 2016

François Toutain, animateur de débat citoyen, mais surtout et avant tout acteur de la société actuelle au même titre que vous et moi, expose que « ce que chacun défend dans ses dires, chacun le déni dans ses actes ». Cette opposition entre ce qui est dit et ce qui est fait reflète parfaitement la situation qu’engendre une femme au 21e siècle. La place des femmes dans la société française évolue sans cesse, sans pour autant décoller. Concernant leur accessibilité au travail, on observe malheureusement, et de façon encore plus marqué avec le temps, une sexualisation des métiers, en particulier ceux de l’industrie, qui n’accueille pas ou très peu de femmes. Les causes ? Une mauvaise image du métier et une estime de soi péjorative.

Ce n’est pas un stéréotype, les femmes sont absentes des métiers techniques et industriels

Pour commencer, j’aimerai rappeler quelques chiffres : un écart de salaire de 26 %, des arrêts parentaux à 97 % effectués par les femmes et des temps partiels occupés par 21% des femmes contre 7% d’hommes. Des chiffres qui montrent indéniablement que les politiques publiques mises en œuvre sont ignorées, et que les discriminations à l’embauche sur le critère du sexe perdurent. De plus, on note ce phénomène de sexualisation des métiers, qui tend certes à diminuer depuis les années 1950, mais qui persistent : 80 % des emplois de la santé et de l’action sociale sont occupés par des femmes, et 9 professions sur 31 totalisent 75 % des emplois féminins. Les femmes titulaires du bac scientifique ont tendance à s’orienter toutes vers les mêmes filières, médecine, commerce ou encore les filières littéraires. Pourquoi ? Tout simplement par peur d’être jugée par un milieu très (voire trop) masculin.

50 % de femmes en terminale S, 10 % en école d’ingénieur : pourquoi quittent-elles les voies techniques ?

Femmes ingénieures chez Siemens

Femmes ingénieures chez Siemens.

Les femmes sont victimes de stéréotypes en tout genre, et ces derniers entraînent, consciemment ou non, une discrimination et un sexisme à l’égard des femmes sur certains métiers techniques. On conçoit donc qu’elles se réfugient dans des domaines où les femmes sont majoritaires, par crainte que leur travail et leurs efforts ne soient pas reconnus. J’ai rencontré Bentou Lemercier, cadre à Air Liquid, qui m’explique que l’entreprise possède trois branches distinctes : la santé, l’électronique et l’industrie, et que c’est bien évidemment dans le domaine de la santé que la majorité des femmes de l’entreprise se concentre. En revanche, le « peu de femmes présente dans les deux autres branches sont techniciennes, et non cadres, par crainte des responsabilités, manque d’envie, ou de conviction » nous confie-t-elle. De plus, le manque d’intérêt des femmes face à ce secteur porteur qu’est l’industrie ne permet pas non plus d’augmenter le ratio femmes-hommes en école d’ingénieur. Ainsi ces dernières mettent tout en œuvre pour attirer les filles à ce secteur d’activités, et cela s’avère payant : le pourcentage de filles en école d’ingénieur est passé de 11 à 30% en moyenne en 50 ans.

Logo de l’association « Elles bougent »

Logo de l’association « Elles bougent »

Des réseaux de femmes telles que InterElles ou encore Ellesbougent sont des associations qui aident les femmes à intégrer ces domaines industriels, et ainsi favorisent la mixité des métiers. Avec les entreprises partenaires (Airbus, Alstom, Renault, Total, Google, Safran, Gemalto, et beaucoup d’autres), l’association organise des événements en lien avec l’actualité : un stand sur le mondial de l’automobile et sur le forum « Réseaux et carrières au Féminin », l’événement « Elles bougent pour l’industrie » dans le cadre de la 5e édition de la Semaine de l’industrie, ou encore « Elles bougent au Bourget », événement liant les femmes et le secteur aéronautique. Toutes ces actions visent à impulser les jeunes filles, collégiennes et surtout lycéennes, à s’orienter vers les carrières scientifiques et ainsi démasculiniser certains métiers de l’industrie.
Les femmes dans les métiers de l’industrie sont encore peu nombreuses, mais le nombre croissant de femmes diplômées d’écoles d’ingénieur indiquent que la tendance à long terme peut s’inverser. Avec l’investissement des femmes ainsi que celui des hommes, nous pouvons passer outre ces stéréotypes !

Farah Belaid

Pour en savoir plus

Site de l’association Elles bougent
Site de l’association InterElles

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