Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

“Gravity” : incohérent mais si beau

Mis en ligne en mars 2014

Sept oscars, golden globe du meilleur réalisateur pour Alfonso Cuarón, césar du meilleur film étranger, près de 4 millions d’entrées en France en quatre mois… Gravity a séduit aussi bien la critique que les spectateurs. Mais pour nous, futurs ingénieurs de l’air et de l’espace, le film joué par Sandra Bullock et George Clooney constitue aussi un objet d’étude des plus intéressants. Plusieurs « petits arrangements » avec la réalité scientifique s’y sont en effet glissés.

Un mauvais alignement pour base

Module orbital Soyouz

Un module orbital classique du vaisseau Soyouz.

La première « erreur », fondamentale pour l’intrigue du film, concerne l’alignement de tous les vaisseaux et stations. En effet, dans l’espace, les objets sont placés sur plusieurs orbites (orbite terrestre haute, basse ou moyenne). Dans le long-métrage, Hubble, l’ISS, le vaisseau Soyouz et la station chinoise sont sur la même. Or, s’ils sont bien tous en orbite basse, ils se situent à des altitudes variant de 200 à 400 km. En revanche, les satellites GPS peuvent se situer à orbite terrestre moyenne.

En outre, chaque vaisseau voyage à une vitesse différente. Il est donc doublement impossible de se déplacer de l’un à l’autre comme le font les personnages.

Cet alignement va causer la deuxième erreur, liée aux débris à l’origine de la collision. La création de débris a réellement lieu, mais ils disparaissent rapidement dans l’espace. Dans le film, chaque collision va se répercuter à l’infini, et va se prolonger par cycles. Cette catastrophe découle directement de l’alignement inexistant dans la réalité.

On ne marche pas si facilement, au retour sur Terre

On peut remarquer une dernière anomalie physique à la toute fin du film, probablement un clin d’œil de Cuarón au film 2001 : l’odyssée de l’espace. Il s’agit du moment où le docteur Stone (Sandra Bullock) se redresse après être sortie de l’eau et se met à marcher.

Au cours des décennies passées, on a pu voir de nombreuses missions à la fin desquelles les astronautes ne pouvaient même plus se lever ; ils s’effondraient à leur arrivée sur Terre. On peut citer par exemple la mission Mir, au cours de laquelle certains astronautes ont perdu jusqu’à 40 % de leur masse musculaire.

Rendre le film encore plus attrayant

D’autres paramètres ont été modifiés pour rendre le film encore plus attrayant. Il en va ainsi de la tenue de l’actrice quand elle se déshabille dans la cabine : elle ne porte que des sous-vêtements ordinaires, ce qui ne lui aurait pas permis de survivre !

Sous-vêtement de ventilation porté par les astronautes

Sous-vêtement de ventilation porté par les astronautes sous leur combinaison spatiale.

En effet, dans l’espace, les températures sont extrêmes. Une combinaison spatiale est donc faite de nombreux composants : protections antiradiations, réserve d’eau et d’oxygène… Mais surtout, l’astronaute doit porter un sous-vêtement de ventilation incluant un circuit de refroidissement incorporé, qui se comporte comme un véritable échangeur thermique et est composé de 100 mètres de tubes. Ce sous-vêtement descend jusqu’aux chevilles et couvre tout le corps. Il est fait principalement en nylon et en élastine, ce qui le rend très résistant. Les astronautes l’enfilent comme une combinaison et le ferment grâce à une fermeture éclair.

Anachronisme et problèmes techniques

Enfin, des remarques pourraient être faites au réalisateur quant à la réalité historique et technique de certains appareils.

On est en effet en présence d’incohérences temporelles, comme le MMU (manned maneuvering unit, en français « dispositif de manœuvre pour équipage ») qu’utilise George Clooney au début du film pour sa sortie dans l’espace. Il a été remplacé en 1994 par l’unité dorsale de propulsion SAFER (simplified aid for EVA rescue, ou « aide simplifiée pour sortie extravéhiculaire »). En outre, les deux personnages du film se servent de cet appareil pour circuler entre Hubble et la station spatiale internationale, ce qui est impossible.

 Gravity_ImageMMU  Gravity_ImageSAFER2

Le système de propulsion MMU, utilisé pour les sorties dans l’espace en 1984 mais aussi par George Clooney dans le film, a été remplacé en 1994 par l’unité SAFER.

L’autre incohérence concerne les appareils présents à l’intérieur de la capsule de démarrage du Soyouz et du vaisseau chinois. Le personnage incarné par Sandra Bullock arrive sans aucun manuel à faire démarrer les deux vaisseaux, qui sont censés fonctionner de la même manière. Or, les deux appareils sont en réalité très différents.

Un film néanmoins remarquable

Au-delà de ces approximations, il faut signaler que Gravity respecte la plupart des lois de la physique. Quant aux incohérences, elles sont toutes justifiées par les besoins de la fiction. Pour finir, ce film offre un spectacle époustouflant. Il a d’ailleurs impressionné les astronautes, particulièrement pour la qualité des images, le rendu sensoriel et les émotions qu’il produit.

Chloé Obadia et Hind Kajjiou

Pour en savoir plus

Article « Gravity : cela pourrait-il arriver en vrai ? Les réponses d’un astronaute »
Vidéo « Gravity vu par l’astronaute français Jean-Francois Clervoy »
Vidéo « Gravity : l’avis de l’astronaute Jean-François Clervoy »

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