Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Histoire de pilote

Mis en ligne en mai 2017

Samedi 27 mai,

Il est 5h, je n’ai pas bien dormi, je n’ai rêvé de rien.
Dehors le soleil est absent, il fait encore nuit, l’air frais, l’île calme, comme endormi, c’est l’ultime étape. Je relis mes fiches de course et check la météo, il fera 23 degrés, c’est la température idéale.
Je m’assois au bord de mon lit et regarde, dans le vide, mon casque et mon cuir. Je me force à prendre quelque chose à manger. Je suis trop excité. Aujourd’hui est la consécration de tous mes efforts. Des mois de préparations, de travail acharné,  des dizaines de pneu usée… J’ai du mal à croire que nous y sommes.  L’ile de Man… connue pour être un paradis fiscal, elle est aussi le lieu d’un spectacle de gladiateurs du XXIème siècle.

Aperçu du circuit de l’ile de Man

L’ultime étape

Pilote frôlant les bords de la pistes

Située au nord de l’Angleterre, proche de l’Irlande, il s’y déroule une course de moto, sur route ouverte. Départ arrêté puis 6 tours de 60 kilomètres avec une vitesse moyenne de 209 km/h, des routes sinueuses, 264 virages au milieu des villages, 200 km/h à 10 centimètres des murets en pierre, des paysages extraordinaires, un rêve pour moi, pilote.

 

 

Cela fait déjà plus de 100 ans que cette course existe. Créé en 1907, elle est le théâtre de dramatiques accidents. 247 pilotes y ont trouvé la mort.

Le Crash spectaculaire de Guy Martin, un grand pilote habitué du circuit.(il n’est pas mort)

Elle est la course la plus dangereuse du monde et la plus éprouvante pour le pilote mais aussi pour la machine. Elle est un test entre l’humain et sa monture d’acier. Il existe différentes catégories, pour les plus courageux, avec des motos de 600cc à 1000cc.
Il s’agit des deux catégories les plus meurtrières. Pour les plus nostalgique la catégorie des motos de collections afin d’y faire revivre la passion.
Pour moi il n’est plus le temps d’aller voir les motos exposées, celles qui participeront à la course, les anciennes, les nouvelles.

 

Un Graal

Le temps passe et le soleil s’est déjà levé, j’ai déjà mis mon cuir…
Je sors du stand et m’avance près de ma moto. Elle est silencieuse, déjà prête. Mon mécano me donne les derniers conseils sur les quelques premiers virages ; « Tu me chauffe tes pneus avant de taper dedans mon gros hein !?! ». Je fais mine d’écouter mais je pense déjà à Bray Hill. Bray Hill, première ligne droite. Bray Hill, première mise en garde. Sur Bray Hill les pneus sont froid. Les premiers virages devront être pris avec beaucoup de précaution. Attention cependant à faire un bon chrono. Il n’y a pas de place pour l’erreur. La mécanique est parfaite.
Soudainement, j’entends le premier signal : ma moto est démarrée pour le warm up. Chaque stand fait démarrer et chauffer ses moteurs. Dans toute cette agitation on ne s’entend plus parler.
Le silence se fait. Les spectateurs se calment, regardent avec attention chaque pilote et chaque machine. Chacun des pilotes embrassent ses proches. On a tous quelqu’un qui tient à nous. Ils s’inquiètent énormément. Pour certain ce sont leur mère, leur femme. En ce moment ils sont heureux pour nous car c’est un accomplissement. Mais ils prient pour que dans 2h nous soyons sur nos deux jambes…
Deuxième signal : il me reste 30 min. Je tente de rentrer dans ma course. Je m’isole comme je peux. Adossé à un muret je regarde ma moto et me fais la course dans la tête. Je me répète en boucle : « je connais le circuit par cœur, je ne ferai pas d’erreur »
Troisième signal : Dans 15 minutes on y sera… Tous les pilotes lèvent la tête, se dirigent vers leur moto, je fais de même. On me fait les deux trois derniers réglages sur la moto. J’entends crier « 7 minutes, 7 minutes ». Les hélicoptères de la télévision font des tours au-dessus de nous. Mon mécano me fait signe, on se dirige vers la grille de départ, je suis numéro 33. La piste est sèche, aucun risque de pluie. J’arrive dans le parc fermé. Le temps se ralentit. Nous avons de la chance de partir le matin nous n’aurons pas trop chaud. Pourtant je sens déjà le moteur me cuir les jambes.

Pilote sur la ligne de départ

Dernier signal… Il reste 5 minutes avant le départ. Nous allons nous jeter chacun notre tour dans ces routes sinueuses et merveilleuses, nous allons jouer le chrono chacun notre tour. Je suis déjà sur la moto. Je pose mes mains sur le réservoir. Je dis quelques mots à ma moto. Je ne pense plus qu’à la course. Je ne vois plus que la piste. Tout a disparu je regarde le bitume et la roue du concurrent devant moi. Je me souhaite bonne chance.
Enfin un moteur hurle et me rappelle que l’heure est venue. Le premier pilote est parti ! Je ferme les yeux et me dis, roule comme tu sais faire…

Ile de man Mardi 25 août,

Hubert Hecquet de Beaufort

Pour en savoir plus :

Site officilel du tourist trophy

Une vidéo pour en voir plus 

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