Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Katherine Johnson, une grande dame méconnue de l’aéronautique

Crédit : NASA

Katherine Johnson est assise à son bureau avec un globe, ou « Dispositif d’entrainement céleste ». Voir l’astronaute John Glenn avec un dispositif similaire.

Katherine Johnson, femme de l’ombre remise au jour grâce au film « Les figures de l’ombre » dont elle est l’héroïne.

Katherine Johnson, jeune femme du 20ième siècle et noire, entre au centre de recherche de la NASA en tant que calculatrice en juin 1953. Elle est entourée de femmes qui viennent du même milieu qu’elle ; des femmes noires, calculatrices.

 

Tout commence en 1918 à White Sulphur Springs en Virginie-Occidentale. Jeune fille au caractère affirmé, elle s’inscrit elle-même, à 18 ans à l’université. Elle se trouvera en un professeur de Mathématiques un mentor. Cet homme n’est qu’autre que WW Schieffelin Claytor, le troisième docteur afro-américain en Mathématiques. Elle se marie à James Goble mais ce dernier meurt en 1956 à la suite d’un cancer ; de ce mariage, naissent 3 filles.

C’était déjà pas mal, pour une fille noire de 26 ans tout juste sortie de l’université de Virginie-Occidentale, financée durement, d’arriver dans ce bureau où elle aurait pu passer toute sa vie.

Mais par la suite de sa vie a complètement changé lorsqu’elle est promue à un « grade » supérieur dans la recherche de vols. Dorothy Vaughan l’a assignée à un projet dans la Direction des chargements de manœuvre.

Elle est maintenant chargé de vérifier les calculs de la salle de lancement. Elle passe d’une salle remplie de femmes noires, un bureau étroit et non ventilé à une immense pièce où la seule femme était la secrétaire du chef de projet. Katherine ressent un drôle de sentiment en poussant la porte ; un sentiment de joie immense d’avoir été choisie pour cette mission se mêlant à un sentiment d’anxiété. Mais pourquoi se sentir anxieuse avec ce talent ? La réponse est simple. Nous sommes dans les années 1950 et les noirs n’ont pas les mêmes droits que les blancs. Katherine, femme, noire se retrouve dans la même pièce qu’une dizaine d’hommes blancs. Mais malgré ce ressenti, elle se sent bien parmi eux. Elle est joyeuse, fière de faire partie d’une équipe qui pourrait un jour voir la scientifique en elle. Une chose à laquelle Katherine n’avait pas pensé. Elle travaille maintenant dans un autre bâtiment, un bâtiment de blancs. Bien sûr, des toilettes pour gens de couleurs n’étaient pas prévus. Lorsque Katherine avait besoin d’aller aux toilettes, elle devait retourner dans son ancien bâtiment. Afin de gagner du temps sur son travail, elle emportait tous ses calculs à vérifier avec elle sous le bras. Assise aux toilettes, elle corrigeait, recalculait et repartait vers son nouveau bureau. Katherine avait l’impression que sa situation comptait peu. Le fait de faire des aller-retours, plusieurs fois par journée, qu’il pleuve, vente ou qu’il fasse chaud, ne compte pas aux yeux de ces hommes qui ont la vie facile et des conditions plus que satisfaisantes pour travailler.

Cependant, tout change lorsque M. Harrison, le chef du programme, a demandé à Katherine de participer à une réunion, réunion qu’elle a raté pour aller aux toilettes qui se trouvaient à l’opposé du bâtiment de recherche. Katherine a eu le droit à un sermon de la part d’Harrison. Elle a donc dû lui expliquer que les toilettes pour gens de couleurs étaient très éloignées. Incroyable réaction de Monsieur Harrison, Katherine elle-même a été étonnée. M. Harrison se dirige en direction des toilettes du pôle de recherche de calcul des trajectoires de fusée et casse d’un coup le panneau « réservées aux blancs ».

 

L’ancien mathématicien de la NASA, Katherine Johnson, est vu après que le président Barack Obama lui ait présenté la Médaille présidentielle de la liberté, mardi 24 novembre 2015, lors d’une cérémonie dans la salle Est de la Maison-Blanche à Washington.

Un moment qui a particulièrement marqué Katherine est le moment de la cafetière. Un matin, alors qu’elle prenait toujours du café dans le même thermos que les autres, elle se retrouve avec une autre cafetière. Elle est non branchée, sans café, sans eau. Mise de côté, fatiguée de vérifier les calculs de ses collègues jusqu’à pas d’heures ajouté à un manque de reconnaissance, Katherine sorti de ses gonds. La colère s’empare d’elle. Elle hurle dans la pièce, réclame qu’elle soit reconnue pour tout le travail qu’elle réalise, le même travail que ces hommes, qui se contentent de se lever le matin, de venir travailler et de diner en rentrant le soir. Cependant, la réalité se range du côté de Katherine. Elle est maintenant devenue indispensable au groupe de recherche de vols. Elle est une femme qui veut faire avancer son temps ; toujours désireuse de pousser les chiffres pour résoudre des équations. En 1959, dans une époque où le racisme et le sexisme étaient puissants, c’est elle qui est en charge des calculs de la trajectoire du vol spatial d’Allan Shepard, le premier américain à être envoyé dans l’espace avec le projet Mercury. Comment ne pas ressentir de l’autosatisfaction ? Comment ne pas être fière quand on réalise des calculs pour son pays ? Katherine l’était. Elle était d’autant plus joyeuse, que sa famille avait été contrainte de déménager pour qu’elle puisse aller dans une école prestigieuse.

Katherine Johnson, femme noire qui a connu la ségrégation, racisme et le sexisme, a marqué l’Histoire sous tous les aspects. Tant sur le plan social en tant que femme, noire et brillante que sur le plan scientifique, avec un bond en avant dans le milieu spatial.

 

Léa Favé

Pour en savoir plus :

« Katherine Johnson, pionnière de la course à l’espace »

https://www.nasa.gov/content/katherine-johnson-biography

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