Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

La BD bientôt détrônée par le « manfra » ?

Mis en ligne en janvier 2017

Le héros du manfra « Radiant ».

Hybride issu de la culture manga et de la bande dessinée franco-belge, le manfra connaît un bel essor grâce aux efforts que font les éditeurs pour diffuser le travail de nouveaux auteurs. Le genre est très prolifique depuis une dizaine d’années, avec de nombreux auteurs publiés, mais dont seule une poignée parvient à véritablement percer. C’est avec la série Dreamland que survient, en 2006, une première popularisation, malgré un style graphique très différent de celui auquel était habitué le lecteur français de mangas asiatiques. S’ensuit une expansion progressive de cette culture du manfra, avec l’arrivée de nouveaux auteurs, la volonté des éditeurs de poursuivre leurs efforts, et l’apparition de séries animées. La première série animée de ce type est Wakfu, tirée du manfra Dofus. Produite et diffusée par la société Ankama, elle reprend les codes classiques du « shonen ».

 

Une scène de la série animée « Wakfu ».

La consécration

Viennent ensuite d’autres manfras connus du grand public, dont certains ont obtenu la consécration ultime : être publié au Japon, pays où les mangas sont aussi abondants que les romans en France. On est bien loin de Nomad, paru en 1994, qui serait le plus vieux manga français et dont le style reste trop similaire à celui d’une BD classique pour lui valoir le nom de manfra.

On peut remarquer une chose encore plus intéressante : la publication du manfra Lastman s’est déroulée comme au Japon, où les mangas paraissent chaque semaine dans des journaux. Puis, à partir des planches, les auteurs ont réalisé un « anime », le premier qui soit issu d’un manfra papier récent. Mais malgré une diffusion par France Télévisions, les auteurs ont dû recourir au « crowdfunding » pour financer ce projet.

Une école du manga dans la capitale de la BD

La montée en force des manfras est à corréler avec l’esprit du lectorat français. Celui-ci, habitué à la BD et aux comics depuis longtemps, est aujourd’hui le deuxième consommateur de mangas au monde (après le public japonais), ce qui le rend ouvert au genre hybride qu’est le manfra. Genre qui a maintenant pris un tel essor qu’une école japonaise de mangas, nommée Human Academy, a ouvert un cursus il y a peu à Angoulême, avec des professeurs japonais (notamment Yoshiyasu Tamura, l’auteur de Fudegami).

La première promo et l »équipe enseignante de la Human Academy

Cependant, avec cette école, ne pourrait-on pas craindre une uniformisation du style de dessin (comme au Japon, où seuls quelques auteurs possèdent un style vraiment personnel), au détriment du graphisme atypique des manfras actuels ?

Liam Raffier

Lexique

Manfra. Néologisme apparu aux alentours de 2005 pour différencier les mangas français des mangas japonais classiques.
Shonen. Catégorie de mangas japonais où l’on suit un héros (ou une héroïne) dans son évolution au cours du temps, jusqu’à son objectif final (exemple : Naruto, Bleach Kingdom…).
Anime. Traduction d’une série imprimée en série audiovisuelle.
Crowdfunding. Financement participatif utilisé pour contourner le système classique des éditeurs et producteurs, ou lorsque ceux-ci font défaut.

Pour en savoir plus

Interview de Balak (l’un des auteurs de Lastman)

Le Parisien :  « Le manfra gagne du terrain »

Pour compléter votre « manfrathèque »

Les manfras les plus populaires

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