Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

La médecine militaire à l’étranger

Mis en ligne en mai 2016

De nombreux conflits armés sévissent dans notre monde et mettent en péril les populations locales. En vue d’une sécurité mondiale, des organisations internationales peuvent s’imposer dans les conflits et venir en aide aux armées des États. Dans cette optique, l’ONU a créé en août 2003 la Force Internationale d’Assistance à la Sécurité (FIAS) pour aider le gouvernement afghan à assurer efficacement la sécurité et mettre en place de nouvelles forces de sécurité dans tout le pays. La FIAS a été l’une des plus grandes coalitions de l’histoire. À son apogée, la force comptait plus de 130 000 hommes provenant de 51 pays membres et partenaires de l’OTAN. La mission de développement des forces de sécurité afghanes par la FIAS prit fin en 2014 lorsque les forces nationales afghanes sont devenues entièrement responsables de leur sécurité. L’OTAN a lancé en janvier 2015 la resolute support, une mission non-armée visant à prodiguer formation et assistance aux institutions de sécurité afghanes

Pour l’armée française on parle d’opérations extérieures (OPEX). Elles sont également connues sous le nom d’opérations de rétablissement de la paix.  Le service de santé des armées (SSA) joue un rôle primordial dans le bon déroulement de ces missions. Celle du SSA est d’assurer des soins permanents depuis le lieu de la blessure jusqu’à l’arrivée dans un hôpital militaire en France. Cette mission générale se décompose en plusieurs rôles attribués aux médecins selon leurs qualifications.

Outre son but premier d’assurer la survie des soldats en mission, le service de santé des armées travaille aussi en coopération avec les ONG. Il intervient au profit des populations victimes des conséquences d’un conflit armé ou sinistrées à la suite d’une catastrophe naturelle ou industrielle.  Les ressources médicales destinées en premier lieu pour le soutien des forces armées françaises sont souvent utilisées lors des actions humanitaires du SSA., Lieutenant-colonel dans le service de santé des armées, ?????

Avec trois opérations extérieures à son actif (la Bosnie-Herzégovine, le Tchad et l’Afghanistan), le lieutenant-Colonel P.M, chirurgien-dentiste de réserve dans le service des armées, revient sur l’organisation et le rôle primordial du SSA dans le bon déroulement de ces missions spécifiques.

Comment s’organisent les soins au profit des militaires ?

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Prise en charge d’un blessé polytraumatisé suite à l’explosion d’un IED (Improvised explosive device) à L’HMC de Kaboul

Sur les théâtres d’opérations extérieures le concept français consiste à amener au plus près des combats les moyens médicaux nécessaire afin d’assurer une prise en charge immédiate des blessés ou malades, de traiter les urgences vitales et de préparer leur évacuation vers la France. Le suivi du blessé est assuré par plusieurs structures : Au niveau des unités de combat, les équipes sanitaires, appelées « Rôles 1 », composées d’un médecin, d’un infirmier et de secouristes assurent les premiers secours. Au plus près des unités de combat, des antennes chirurgicales, ou « Rôles 2 », disposant de blocs opératoires assurent les interventions chirurgicales urgentes. Des hôpitaux plus important, les hôpitaux médico-chirurgicaux (HMC) ou « Rôles 3 », situés plus en arrière des zones de combat, accueillent ensuite les blessés pour stabiliser leur état de santé. Enfin, les blessés sont évacués, en général par voie aérienne, vers les hôpitaux militaires situés en France, les « Rôles 4 »

Comment se passe une intervention sur le terrain ?

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Équipe d’intervention à Kaboul.

D’abord, s’assurer que l’on peut intervenir avec un minimum de risques, afin de ne pas avoir, au mieux, de blessés supplémentaires. Ensuite, analyser la situation, le nombre de blessés, les moyens à notre disposition etc. Il faut alors « trier » les blessés : on privilégiera les plus gravement atteints.  Par exemple un blessé inconscient avec une hémorragie nécessitera la pose d’un garrot et d’une voie veineuse (transfusion), donc la présence de personnel qualifié, alors qu’un blessé léger pourra, à la limite, aller seul au poste de secours. Chaque blessé est alors évalué : recherche d’hémorragies, contrôle de la respiration, de la fréquence cardiaque, lutte contre l’hypothermie. Les gestes adaptés sont effectués : garrot ou pansement compressif, libération des voies aériennes, pose d’une perfusion… Le blessé est ensuite évacué vers la structure adaptée à son état.

Quels sont les différents équipements médicaux attribués aux opérations sur le terrain ?

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Intérieur d’un VAB sanitaire

 

Chaque combattant dispose d’une TIC (Trousse Individuelle du Combattant) dans laquelle on trouve, un garrot, un pansement compressif, des seringues de morphine. Les postes de secours (« rôles1 ») disposent d’une équipe composée d’un médecin, d’un infirmier et de quatre à cinq brancardiers secouristes. Leur matériel permet de soutenir 150 hommes pendant environ deux semaines. Les antennes chirurgicales (« rôles 2 »), sont des unités composées de douze personnes, dont deux chirurgiens, un anesthésiste, cinq infirmiers, trois aides-soignants, un administratif. C’est une formation transportable par voie aérienne, qui peut être déployée en quelques heures.

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Intérieur d’un C 160 Transal, lors d’une évacuation

Elle peut traiter jusqu’à 8 blessés par jour. Les HMC , sont des structures plus importantes qui disposent d’un service d’urgence et de réanimation, de plusieurs blocs opératoire, de modules de chirurgie spécialisée comme l’ ORL ou ophtalmologique, d’un cabinet dentaire, de matériel d’imagerie (scanner, radios etc…), d’un laboratoire d’analyses médicale et d’une pharmacie. Sans oublier bien sur des lits d’hospitalisation.

Les différentes structures ont en outre à leur disposition des véhicules adaptés au transport des blessés, depuis le VAB (Véhicule de l’Avant Blindé) sanitaire à l’ambulance. Les évacuations peuvent se faire par hélicoptère ou avion de type Transal

Combien de types d’interventions envers les populations locales?

Tout dépend de l’Opex. De tout temps, le Service de Santé des Armées a apporté une aide médicale aux populations locales, dans la limite du soutien aux forces, françaises ou alliées.

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Dépistage dentaire dans un orphelinat de N’Djamena (TCHAD)

Ainsi, en Afrique, plus précisément au Tchad en 2008, l’Aide Médicale aux Populations(APM) occupait une grande part de nos consultations (jusqu’à 70%). La situation était relativement calme et il y avait peu de blessés. Par contre, lors d’une mission en Afghanistan en 2013, nous avions plus de blessés et donc un peu moins de temps pour l’AMP.  Les interventions au profit des populations locales sont de tous types, depuis la simple consultation médicale jusqu’à l’opération en passant par le dépistage et les soins dentaires dans les orphelinats et le traitement des brûlés.

Formez vous du personnel local ?

En Opex, on recrute du personnel local, principalement des interprètes. Ils sont désignés par l’acronyme PCRL (Personnel Civil Recruté Localement).
Dans certains cas, en particulier au Tchad à N’Djamena, des postes comme celui d’assistant dentaire, ou d’infirmier de consultation sont occupés par des PCRL.

Maxence Holik

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