Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

L’Arctique, un avenir solide ou liquide ?

Mis en ligne en mai 2016

Le jeudi 2 août 2007, la Russie crée un débat international sans précèdent en plantant son drapeau  à plus de 4 000 mètres de profondeur dans la zone arctique. Elle pose ainsi les questions qui demeurent : quel pays peut revendiquer des droits sur l’Arctique ? Quels sont les avantages à obtenir des droits dans ce territoire et quelles peuvent en être les conséquences ?

Petite remise à niveau…

Cartographie des pays côtiers de l'Arctique.

Cartographie des pays côtiers de l’Arctique.

Selon le site du journal local canadien Nunatsiaq News « l’Unclos [Convention des nations unies sur le droit de la mer] seuls les pays ayant une côte Arctique (la Russie, le Danemark, la Norvège, le Canada et les États-Unis) peuvent prétendre à étendre leurs droits au-delà des 200 milles marins prévus. Toutefois, cette clause ne fonctionne qu’à condition que chaque pays prouve scientifiquement que le fond sous-marin est une propre extension de sa propre plaque continentale ». L’Arctique est donc le creuset d’enjeux territoriaux pour les pays précédemment cités, et ce notamment parce qu’il a une fonction hautement stratégique : de par les nouvelles routes commerciales qui s’ouvrent au rythme de la fonte des glaces et également de par la présence d’innombrables ressources naturelles.

Ainsi, comment pouvons-nous définir cette zone qui attise toutes les convoitises ? De manière générale, la communauté des sciences dures s’entend de manière presque unanime à propos de la définition de la zone arctique. Toutefois, dans le monde des diplomates, la tâche n’est pas aussi aisée. En effet, les frontières ne sont pas définies de manière claire et les zones d’influence restent floues.

Aussi, la nécessité d’organiser et de réguler l’accès et l’exploitation du pôle Nord est devenue une priorité dès la fin du XXe siècle. En 1996 est créé le conseil Arctique, réunissant les cinq États côtiers les plus importants que sont les États-Unis, la Russie, la Norvège, le Danemark et le Canada. Sont présents également l’Islande, la Finlande et la Suède, d’importance moindre. À ce concert des nations viennent également s’ajouter la Pologne, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Inde et le Japon, qui ont seulement un droit de regard lors des conseils.

Les convoitises…

Avec la fonte des glaces l’Arctique attise des convoitises notamment en vue de l’ouverture de nouvelles voies maritimes. En effet, trois nouveaux passages sont désormais accessibles et envisagés par les compagnies de transport maritime. Tout d’abord, le passage « nord-ouest » représente une alternative au canal de Panama permettant de contourner l’Amérique. Puis, la route « nord-est » longeant la Sibérie constitue également une alternative au canal de Suez afin contourner l’Asie. D’ailleurs, cette voie a été inaugurée en 2009 par le Beluga group. Enfin, le pont de l’Arctique permet, quant à lui, de contourner le Groenland.

Toutefois, l’exploitation de ces nouvelles voies maritimes demeure complexe. L’absence de cartographie précise, le manque de ports permettant le réapprovisionnement ainsi que les coûts élevés des équipements impliquent que ces nouvelles voies sont encore peu praticables.

En outre, la zone arctique est une source importante d’énergies naturelles (or, zinc, argent, cuivre, étain, nickel, plomb, diamant, gaz, pétrole) et attise, de fait, l’intérêt de multinationales de plus en plus nombreuses. La présence de toute cette richesse engendre la convoitise de tous les pays riverains et même au-delà. Cela soulève de lourdes problématiques, principalement d’ordre environnemental.

Fonte des glaces

Fonte des glaces.

Le dilemme…

Le diagnostic inquiétant du GIEC  (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) montre que le réchauffement dans l’Arctique, depuis 2002, est deux fois plus rapide que dans le reste du monde. Cela induit une accélération de la fonte de la banquise et de la calotte glacière, ce qui finalement a pour conséquence de perturber les courants marins et de modifier le taux de salinité des eaux. Les scientifiques prédisent une disparition de la banquise à partir de la décennie 2070, et la glace présente dans l’océan Arctique disparaitrait en 2030.

En définitive l’avenir de l’Arctique reste incertain et soumis à deux facteurs décisifs. D’une part, l’Arctique est tributaire des cours des minerais et des hydrocarbures, et d’autre part la zone est l’objet de nouvelles ouvertures maritimes. Quelles vont être les conséquences de l’exploitation de cette zone ? Et surtout, quel futur pour notre environnement ?

Yves Tosent

Pour en savoir plus

Site officiel du GIEC
Article sur la première utilisation de la route
Article similaire sur l’avenir de l’arctique
Le pôle nord, un nouvel eldorado
Le pôle nord, l’objet de toutes les convoitises
La ruée vers les ressources et matière première de l’arctique

Comments are closed.