Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Le Blackbird : l’emblème de l’inaccessible

Mis en ligne en décembre 2017

Durant la Guerre Froide la course aux armements fait rage et l’espionnage entre les Deux Grands est omniprésent. Le besoin de construire un avion espion indétectable devient crucial à partir de 1960, lorsque deux avions de reconnaissance américains se font abattre dans l’espace aérien soviétique.

Le premier, un U-2, est abattu dans le ciel soviétique le 1er mai 1960. Et le deuxième, un autre U-2, le 27 octobre 1962, au plus fort de la crise des missiles de Cuba, est abattu par un missile sol-air soviétique. De ce fait ces incidents accélèrent le développement d’un modèle plus furtif.
Le constructeur Lockheed Martin Corporation est mandaté par la CIA pour construire cet avion supersonique en un temps restreint. Pour cela il a dû répondre à des problèmes physiques au cours de la conception. En effet, le matériau à utiliser pour le fuselage a été soigneusement choisi, il devait pouvoir résister à des températures extrêmes dus à l’environnement de vol et aux chaleurs subies. Pour cela le titane, matériau léger pouvant résister à des températures élevées, a été choisi. Ironie de la situation, pour s’en procurer le gouvernement américain a dû fonder une entreprise écran pour acheter du titane à l’URSS.

Une pression mondiale

SR-71 A en vol autour de la base de Beale

Une première version du modèle est livrée, le A-12, qui sera en service de 1965 à 1968. Cependant, la version améliorée du A-12, le Sr-71, sera la finale. En effet, cet avion, surnommé « Blackbird », a connu quelques améliorations. Dans cette nouvelle version, de nouveaux moyens d’espionner plus performants sont ajoutées ; ainsi qu’un deuxième cockpit réservé à un officier chargé de contrôler les capteurs nécessaires aux systèmes de reconnaissance.
Initialement, la dénomination de l’avion était RS-71 pour Reconnaissance/Strike (Reconnaissance/Attaque). Cependant lors de la déclaration d’existence de l’avion, Johnson président de l’époque, désigna l’avion comme s’appelant SR-71. Alors son nom fut changé pour Strategic Reconnaissance.

 

Brian Shul dans le cockpit d’un SR-71

32 exemplaires furent construits au total et ils pouvaient voler à Mach 3 soit plus de 3000 km/h et à une altitude de plus de 23 000 m. Il volait si haut que depuis le cockpit, l’on pouvait apercevoir la courbure de la Terre. La surface de l’avion a été conçue de tel manière à être aérodynamique et réduire la réflexion des signaux radar.

D’autre part, durant son existence il n’a jamais été touché par un seul missile. Effectivement, durant ses 24 ans de service, malgré tous les missiles tirés sur lui, aucun n’a atteint son but. Le SR-71 n’avait même pas besoin de dépasser mach 2 pour distancer les missiles.

Les 32 exemplaires étaient la possession exclusive de l’armée américaine. Seul eux étaient apte à les utiliser. Toutefois dans certains conflits mondiaux, les Etats-Unis et leurs alliés ont pu être appuyés par le Sr-71 pour récolter des données.
Durant ces années de carrière pendant la guerre froide en tant qu’avion furtif, il a été un avantage aux Etats-Unis pour leur politique extérieur. Cet avion a entre autres rassemblé des images d’activités militaires au Vietnam du Nord, de la guerre du Yom Kippour de 1973, de diverses basses en URSS, mais aussi de l’invasion israélienne du Liban et les frappes du raid en 1986.

Cependant son passage en vitesse supersonique engendrait un bruit énorme, comparable à un coup de tonnerre ; et le bruit qu’il faisait en vol à plus de 20 km d’altitude était audible. Mais sans repérage par les systèmes de détection, il était impossible de le cibler.

Un SR-71 sur la piste de décollage

En 1990 le SR-71 cesse ses missions de reconnaissance pour le compte du gouvernement américain. La cause ? l’avènement des satellites. Ces derniers transmettent des images de plus en plus précises et en temps réel contrairement au Blackbird. De plus ils sont moins coûteux, demandent moins de préparation pour être utilisés et sont hors de portée de toute attaque. Cependant l’utilisation du Sr-71 ne s’arrêtera pas là.

Sa deuxième vie avec la NASA

Plusieurs exemplaires du Sr-71 seront réhabilités dans les années 1990 afin d’effectuer des expériences de recherche à très haute altitude et à Mach 3 pour le compte de la NASA.
L’une des premières expériences consistait à fixer une caméra à ultraviolets sur le dessus de l’avion pour observer les objets célestes avec des longueurs d’ondes qui n’arrivent pas aux astronomes sur la surface à cause de l’absorption atmosphérique. A l’époque, il n’y avait pas de télescopes spatiaux. L’altitude du SR-71 est supérieure à celle des télescopes terrestres, et a donc accès à un champ plus vaste de longueurs d’onde. En effet, l’atmosphère terrestre absorbe une partie des longueurs d’ondes venant du cosmos.
L’une de ces expériences consistait à collecter des données grâce à des lasers, à vitesse supersonique. Une autre avait pour but de réduire le bruit de « coup de tonnerre » engendré par le passage en vitesse supersonique (vitesse > Mach 1).

Boeing KC-135Q ravitaillant un SR-71

Qui sont ses successeurs ?

Depuis une dizaine d’années, un nouveau modèle de SR est en développement par la même entreprise Lockheed. En effet, à l’horizon 2030 devrait sortir le SR-72, descendant du 71 mais avec de nouvelles fonctionnalités. Il devrait pouvoir voler 2 fois plus rapidement que son prédécesseur, c’est-à-dire Mach 6. De plus il serait à la fois équipé de matériel d’espionnage et de missiles hypersoniques. Ceci permettrait aux nation les possédants de survoler et espionner tout territoire sans impunité.
Mais l’aviation civile est aussi sur le coup, en effet, au moins 5 entreprises aéronautiques sont en train de développer leurs avions supersoniques. Ceux-ci devraient sortir dans les prochaines décennies et révolutionner le monde de l’aviation en réduisant le temps de trajet significativement.

Thomas De Faria

Pour en savoir plus

« Le SR-71 » (en anglais)

« Son utilisation par la NASA » (en anglais)

« Le petit frère du Blackbird » (en anglais)

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