Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Le football, un reflet de l’éducation

mis en ligne en décembre 2017

De nos jours, le football a une place importante dans notre société : sport le plus pratiqué en France avec plus de 2.1 millions de licenciés dont 160 000 féminines, la France est également le pays le plus formateur de France avec de nombreux talents français reconnus au haut niveau (Paul Pogba, Ousmane Dembélé, Kylian Mbappe…).

On peut trouver des équipes de jeunes à partir de l’âge de 6 ans (U7) jusqu’aux vétérans (+45). Outre le jeu en club au sein d’une structure, le football reste un sport populaire et se joue partout, dans la rue ou sur la plage, et reste un symbole de convivialité et de partage entre passionné. Outre ces valeurs, nous allons explorer un peu plus en profondeur et nous adresser directement à un « professionnel » du sujet, Hermann Kangomba, entraineur des u10 du FC Montrouge.

Montées de genoux, adducteurs, petits sprints, jongles

Nous prenons part à l’entrainement du 16 novembre au soir à 17h et, malgré le froid et l’obscurité, 24 joueurs sont présents pour cette séance. Les petits sont couverts, tout comme les parents sur le côté du terrain venus (également) assister à l’entraînement de leurs enfants. L’échauffement se fait en groupe : montées de genoux, adducteurs, petits sprints, jongles pour toucher un peu le ballon puis l’entraineur rassemble ses joueurs pour parler de la suite de l’entraînement. Au programme deux exercices axés sur les passes et une opposition. La séance se passe sans accros, si un joueur a du mal, ses coéquipiers le motivent, c’est ça l’esprit d’équipe, le groupe a eu quelques soucis d’implication mais le coach les rappelle vite à l’ordre, et rappelle qu’il faut se dépasser pendant l’entraînement pour progresser et pratiquer du beau football. L’opposition est l’occasion pour les joueurs de mettre en pratique ce qu’ils ont appris pendant la séance, permet à l’entraîneur de voir ce que valent les joueurs en conditions réelles et de pouvoir leur donner quelques consignes pour perfectionner encore leur jeu.
Bilan de la séance : les petits ont tout donnés sur le terrain et certains d’entre eux sont récompensés par une convocation pour le match du week-end. Tous aux vestiaires !

« L’envie de transmettre tout ce qu’on m’a appris »

Pendant ce temps nous en profitons pour poser nos questions à Hermann :

Qu’est ce qui t’as motivé à entrainer des jeunes joueurs ?
C’est l’envie de transmettre tout ce que l’on m’a appris : la passion, l’amour du foot. Mes enfants rentrent également en compte car ils ont voulu faire du foot et c’est cela qui m’a motivé à passer mon diplôme (BMF). Cela reste dans la continuité de ce que j’ai fait en tant que joueur : donner envie aux jeunes de jouer au foot.
A travers ta pédagogie est ce que tu essayes de transmettre des valeurs ?
Evidemment ! Au football, on essaye d’inculquer des valeurs de fair play, de respect, tant envers l’équipe adverse ou l’arbitre sur le terrain, qu’envers l’équipe encadrante, les parents et ses coéquipiers en dehors et dans la vie de tous les jours. Le foot est un sport collectif il faut se rendre disponible pour les autres, être altruiste et savoir évoluer avec les autres : « seul, on ne peut réussir ».
Est-ce un élément important de votre pédagogie ?
C’est indissociable ! . Il est impossible de valoriser un joueur qui va prendre le ballon et marquer tout seul. C’est contre les règles collectives, il faut qu’il comprenne qu’il y a une équipe autour de lui. Pour marquer ce but, il l’a forcément reçu le ballon de quelqu’un. On apprend au petit de à valoriser le travail collectif et le respect du travail fourni par ses coéquipiers. Lorsque qu’un joueur reçoit le ballon, il faut qu’il arrive à voir au-delà et prendre en compte les différentes options qui s’offrent à lui, sa priorité doit être de se servir du soutien de ses partenaires.
En dehors du terrain, on attache de l’importance au travail scolaire fourni. A la fin des trimestres, nous faisons un point des bulletins de chacun. Il faut qu’ils se rendent compte qu’il n’y a pas que le sport dans la vie, que seul un très petit pourcentage sort des centres de formations avec un contrat professionnel et qu’il ne faut que cela soit un objectif prioritaire, que les études sont importantes.

photo de l’exposition « Nous sommes foot »
par Mucem

L’exposition « Nous sommes foot»

Selon des études, le foot est le troisième pôle d’éducation en France après les parents et l’école, qu’en pensez-vous ?
Pour moi c’est le premier ! « Le foot ou le sport c’est le reflet de l’éducation » : depuis la nuit des temps les parents menacent de punir leurs enfants de foot s’ils n’apportent pas des résultats acceptables justement parce que le foot est fortement présent dans les cultures. La plupart des enfants de nos jours pratiquent un sport : ils passent leur journée à l’école, rentrent mais ressortent aussitôt faire du sport. Le seul temps qu’ils passent chez eux c’est pour manger, faire leurs devoirs et dormir. LE foot peut s’imposer comme le vecteur d’éducation principal .

D’un point de vue plus sensible, est ce que le foot est une manière pour certains jeunes en difficulté d’échapper aux problèmes ? Est-ce que ce serait une échappatoire, un moyen de canalisation ?
On a tendance à dire que le foot est un monde de pistonnés, qu’il n’y a que les fils à papa qui y arrivent, pourtant il y a une grande majorité des joueurs qui viennent des quartiers. A la proportion à laquelle on en trouve au haut niveau, oui, on peut dire que c’est un moyen d’éviter de mal tourner, mais même dans le monde amateur, le football permet d’éviter bien des problèmes. Par exemple, le foot m’a empêché de boire ou de fumer car cela n’est pas compatible avec la pratique du sport.

Est-ce qu’éducateur et entraîneur pourraient être des rôles similaires ?
Tout dépend de l’équipe et de la catégorie : avec mon équipe, à leur âge, je me considère comme un éducateur. J’aime bien les enfants et mon ressenti est un peu celui d’un enseignant. J’ai le réel sentiment de former, d’éduquer, de faire découvrir. On est allé en déplacement à Nantes hier (au moment de l’interview) en groupe, on a visité un peu la ville, on a visité les installations du Football Club de Nantes, actuellement en ligue 1, on a fait ça dans un but socioéducatif. On s’est servi du match FC Nantes-PSG qui se jouait le soir même pour les éveiller, pour les ouvrir à d’autres choses, à d’autres sensations, à un autre univers (du football). On les a sortis du cadre de Paris, du cadre de Montrouge, pour créer des liens entre les joueurs, qu’ils aient de bon souvenir des moments passés ensemble, de faire de simples coéquipiers des frères d’armes, faire du club une grande famille, cela allait au-delà du résultat du match. On essaye au maximum qu’ils gardent une bonne image du foot et du club.

« Faire du foot ne dépendait que d’eux »

Questions aux parents :

Pourquoi vous avez inscrit vos enfants au foot ?
Nous les avons poussés à faire du sport, mais le choix de faire du foot ne dépendait que d’eux. Nous attendions du sport justement qu’ils y apprennent certaines valeurs.
Justement quelles valeurs vouliez-vous qu’ils apprennent ?
Le gout de l’effort, le gout du partage, le respect de l’adversaire et des coéquipiers, le fair play, la discipline, l’esprit compétiteur

Pensez-vous que vous auriez pu inculquer vous-même ces valeurs à vos enfants ?
Les valeurs transmises lors de la pratique du foot sont un complément de ce que nous leur inculquons à la maison. Nous souhaitons qu’ils appliquent ce que nous leur apprenons sur le terrain, qu’ils soient exemplaires comme tout parent responsable. Justement ils sont dans un cadre agréable, l’apprentissage et l’assimilation de ces valeurs se fera plus aisément. De plus, ils pourront s’en souvenir et les associer à de bons moments, à de bons souvenirs autre que l’éducation à la maison.

Fin de l’entrainement

7h sonne, nous laissons partir les enfants avec leurs parents, le tout dans une ambiance joyeuse et conviviale.

Au-delà des stéréotypes comme quoi le foot n’est dirigé que par l’argent et la célébrité, il reste que le foot est un sport comme les autres, où l’on peut apprendre aux jeunes des valeurs collectives et individuelles, où on leur apprend à travailler et à vivre en communauté. Le foot va bien au-delà des stéréotypes du sport ou il n’y que des voyous et des enfants de cité, et ça, ce n’est pas un stéréotype.

Nirina Hezon

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