Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Les astronautes : des génies dans des corps d’athlètes

Mis en ligne en mai 2017

L’astronaute français, Thomas Pesquet teste actuellement l’appareil MARES ou Muscle Atrophy Research and Exercise System, dans la station spatiale internationale. MARES récolte des données sur l’altération de la masse musculaire et osseuse dans l’espace. Ces données pourraient être cruciales pour les voyages spatiaux lointains et feront l’objet d’études très approfondies. En effet, l’organisme de l’astronaute est soumis à un nouvel environnement qui entraîne des changements importants : un homme perd en moyenne 20% de sa masse musculaire dans l’espace et souffre d’une perturbation du contrôle postural. C’est pour cela que la sélection et l’entraînement des astronautes sont si exigeants.

Se distinguer des nombreux candidats

L’ESA, l’agence spatiale européenne, explique clairement les étapes de sa sélection. Tout d’abord, il y a une sélection initiale sur dossier suivie de tests psychologiques. Viennent ensuite une seconde série de tests psychologiques ainsi que des entretiens, puis des examens médicaux précis et enfin un entretien d’embauche. L’ESA conseille d’être en très bonne santé, mais il y a tout de même une contre-indication : face à l’apesanteur l’excès de muscles surdéveloppés est un inconvénient pour le métier d’astronaute. Quant à l’âge optimal, il se situe entre 27 et 37 ans.

En février 2017, Andrew Rader a rédigé un article à l’intention du magazine Vice. Docteur en ingénierie spatiale, il avait répondu à l’annonce du gouvernement canadien pour le recrutement d’astronautes et raconte ainsi son parcours.

Il a d’abord déposé un dossier extrêmement détaillé sur ses connaissances et compétences. Une fois sélectionné, il a subi un bilan médical et une analyse complète du corps (physique et physiologique), notamment au travers de simulations en piscine pour travailler l’apnée. Après cette étape, il reste seulement 2% des candidats. Andrew Rader explique qu’ils ont alors été amenés dans un « Boot Camp de l’enfer, où je devais porter un uniforme, dormir dans des baraques » et « lutter contre l’épuisement physique et mental ». Ces tests sont de plus en plus rudes et témoignent d’une sélection plus qu’éprouvante. Chaque mot, initiative ou comportement est analysé par des observateurs exigeants. En effet, il est nécessaire d’avoir des relations apaisées si une situation de stress intense survient dans l’espace : « En dépit du contexte concurrentiel, nous nous sommes rapidement considérés comme une bande de potes réunis pour lutter contre des obstacles communs. »

Une préparation primordiale

L’entraînement d’un astronaute, quelle que soit sa mission, est quotidien. Il est très diversifié et se divise en deux pôles : d’une part, les entraînements et tests physiques ; d’autre part, le renforcement des connaissances et des aptitudes psychologiques.
Les exercices de musculation tiennent une place très importante dans cet entraînement. En effet, nous savons que dans l’espace notre corps perd en masse musculaire ; ces exercices sont donc primordiaux pour limiter cette perte et ciblent particulièrement certains muscles comme les muscles antigravitaires (ceux qui permettent de se tenir debout et de s’opposer à la gravité).

Entraînement sur une maquette immergée ©NASA

De plus, les astronautes effectuent de nombreux entraînements en piscine. La microgravité que subit le corps humain dans l’espace est presque équivalente à celle dans un milieu aquatique (1 heure en apesanteur correspond à 6 heures dans l’eau). Ils s’exercent donc en manipulant des maquettes immergées qui leur permettent d’appréhender un milieu à la gravité restreinte.

À cela s’ajoutent de nombreux sauts en parachute et plusieurs exercices spécifiques à la préparation d’un vol dans l’espace. L’un des plus connus est celui de la centrifugeuse, qui habitue le corps à des pressions très élevées (comme celle qu’il subit au décollage) : la centrifugeuse est une capsule fixée au bout d’un bras mécanique qui décrit des cercles autour d’un axe en accélérant.

Centrifugeuse ©NASA

Un autre exercice connu du grand public est celui du fauteuil tournant sur trois axes : il a pour but d’habituer le sujet à la perturbation de l’oreille interne, phénomène fréquent dans l’espace. L’entraînement comporte aussi de nombreux vols paraboliques : à chacun de ces vols, les astronautes restent environ 20 secondes en apesanteur.

N’oublions pas que cet entraînement intense s’effectue parallèlement à une instruction complète qui englobe des sujets extrêmement variés : les bases de l’ingénierie spatiale, l’apprentissage du russe, les sciences naturelles, la robotique, les systèmes d’amarrage, les sciences du comportement… Chaque astronaute doit en outre acquérir des aptitudes et des connaissances spécifiques à sa mission personnelle dans l’espace. Cet entraînement est propice à l’intégration et renforce l’esprit d’équipe entre les futurs coéquipiers.

L’espace n’attend plus que vous. Que la chance soit avec vous…

Dorine Devanlay

Pour en savoir plus

La machine MARES
Témoignage sur la sélection spécifique
Devenir astronaute

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