Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Les pionnières de l’aviation française

Bien que le premier siècle de l’aviation soit essentiellement une histoire d’hommes, avec notamment Mermoz, Saint-Exupéry ou encore Rolland Garros, il serait injuste d’oublier ces femmes qui ont réussi à percer dans ce monde tant par leur détermination et leur courage que par leur talent d’aviatrices. Ces pionnières nous ont montré à tous que l’aviation n’est pas qu’une question de muscles.

Du premier envol au retour sur terre lors de la première guerre mondiale

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ElisabethThible

Le premier envol d’une femme dans le ciel a lieu le 8 juin 1784 : la chanteuse d’opéra lyonnaise Élisabeth Thible prend place avec M. Fleurant à bord d’une montgolfière baptisée La Gustave. Elle est l’une des premières femmes aéronautes de l’histoire et la première à effectuer un vol en ballon à gaz. Bien que cette prestation soit fort honorable, il faut encore conquérir le « plus lourd que l’air », qui prend de plus en plus d’importance à l’époque. C’est chose faite le 8 juillet 1908, lorsque Mme Thérèse Peltier quitte le sol en qualité de passagère dans un aéroplane baptisé Voisin-Delagrange 3 et piloté par Léon Delagrange à Turin (un « saut de puce » de 200 mètres à 2 mètres du sol). Elle est aussi la première femme à voler seule à bord. Élève de Delagrange, trop prise de ses activités de sculpteuse, elle abandonne l’aviation à la mort de celui-ci, tué accidentellement en janvier 1910.

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Elise Deroche

Quelques mois plus tard, le premier brevet de pilote permettant à une femme de voler officiellement est accordé à une Française en mars 1910, et c’est Élise Deroche, dite la baronne Raymonde de Laroche, qui le décroche. Suzanne Bernard la suit de près en 1912 mais meurt, avant l’âge de 20 ans, en passant l’ultime épreuve de son brevet de pilote à Étampes.

Cependant, la première Guerre Mondiale arrivant, les hommes prennent place dans les « zincs » et les femmes sont laissées à terre, à l’arrière. C’est en 1921 que l’on retrouve des femmes dans des avions, avec Adrienne Bollant (1895-1975) qui se fait connaître en tant que première aviatrice à survoler la Cordillère des Andes en 1921. Elle établit en plus de cela le record de 212 loopings effectués en 72 minutes.

Années 1930 : une décennie de records féminins

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Hélène Boucher

Pendant les années trente, quelques aviatrices monopolisent  l’attention de tous : il s’agit d’Hélène Boucher, dite « la fiancée de l’air », Maryse Bastié ou encore Lena Bernstein. Hélène Boucher réussit par exemple un raid Paris-Saigon, non sans éprouver quelques difficultés (un moteur qui casse dans le désert de Bagdad) et obtient lors de ce même vol le record d’altitude féminin avec une altitude maximale de 5900 mètres. Elle est alors considérée comme l’une des meilleures acrobates de sa génération avant de mourir lors d’un atterrissage à Guyancourt à l’âge de 26 ans. De son côté, Maryse Bastié, de son véritable nom Marie-Louise Bombec, n’est pas en reste. En effet elle obtient le record de temps de vol en septembre 1930 en volant près de 38h, luttant contre le froid jusqu’à l’épuisement. Elle établit par la suite un record de distance avec 2 976 km sur le parcours Paris-Uring (en URSS). En 1935, elle fonde à Orly l’école « Maryse Bastié Aviation ». Quant à Léna Bernstein, d’origine russe et naturalisée française, elle obtient son brevet de pilote à l’école civile d’Aulnat. Elle est, de plus, la première femme à traverser en ligne droite la Méditerranée (Istres-Sidi Barani en Égypte) après l’exploit de Roland Garros le 23 septembre 1913. En juin 1932, son raid sur la Tripolitaine se terminera par une panne moteur à Biskra et son avion sera retenu sur place par les autorités. Découragée, elle avale un tube de somnifères.

Seconde guerre mondiale : la reconnaissance de la femme aviatrice

Arrivent alors les années 1940, rythmées par la seconde guerre mondiale. Cette période reste très importante pour l’aviation française puisqu’à cette époque beaucoup de femmes rejoignent la Résistance et, parmi elles, certaines étaient pilotes. C’est le cas de Maryse Hilsz (née le 7 mars 1901 à Levallois-Perret et décédée le 30 janvier 1946). En effet, femme d’action, sans diplôme ni argent, elle décide d’épouser le risque et de devenir femme parachutiste d’exhibition. Elle nargue plus d’une fois la mort en abattant plusieurs records comme le record d’altitude qu’elle poussera à 14 310 mètres. En 1941 elle décide d’entrer dans la Résistance. Elle devient alors la première femme à porter l’uniforme de l’armée de l’air en 1945. En effet Charles Tillon, ministre de l’Air communiste du premier gouvernement Charles de Gaulle, décide de créer un corps de pilotes militaires féminins, suivant l’exemple de l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Caroline Aigle

Bon nombre de femmes pourraient être citées à la suite de ces héroïnes en raison de leur sacrifice pour les femmes du monde mais je terminerai cet article avec Caroline Aigle. Polytechnicienne, elle intégre en troisième année la promotion 1995 de l’école de l’Air de Salon de Provence. Elle reçoit son « macaron » le 28 mai 1999 des mains du général Rannoux, chef d’état major de l’armée de l’air. À 25 ans elle est  la première à recevoir cet insigne. Cependant Caroline Aigle ne s’arrête pas là puisqu’en 2005 elle est devenue commandant au sein de la Division « Sécurité des Vols » au Commandement des Forces Aériennes à Metz. Cependant sa carrière sera brisée puisqu’elle décède d’un cancer deux ans plus tard à l’âge de 33 ans, laissant derrière elle deux enfants.

Romain Léveillé

Pour en savoir plus

L’histoire de la femme et de l’aviation
Archives de la BNF
Association française des femmes pilotes

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