Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

L’homme qui a repoussé les limites du ciel

Mach 1, sûrement la vitesse la plus symbolique de l’aéronautique, le mur du son soit environ 1 224 km/h. Beaucoup pensaient que cette vitesse était une limite infranchissable, un mur de brique qui barrait le ciel. Pourtant, le 14 octobre 1947, Le capitaine Charles « Chuck » Yeager à bord d’un petit avion-fusée, le X-1 perce ce mur, avalant pas loin de 400 mètres par seconde, soit pas loin de 4 fois la vitesse maximale d’une formule 1. Il prouve alors au monde entier que les limites du ciel peuvent toujours être repoussées. Aujourd’hui Charles Yeager est général de brigade dans l’US air force et est décorée de nombreuses médailles telles que la Distinguished Service Medal ou encore la Silver Star pour ne citer que les plus connues.

Major General Charles Elwood « Chuck » Yeager, born in 1923. He was the first man to break the sound barrier on October 14, 1947, flying the experimental Bell X-1 at Mach 1 at an altitude of 45,000 ft (13,700 m).  Here in front of a Martin B-57 Canberra bomber at Edwards Air Force Base in California.

Chuck  Yeager

Pilote de combat avant tout

Sa carrière a débuté en septembre 1941 juste avant l’entrée en guerre des Etats-Unis. Il est déployé en 1943 en Angleterre. Son premier combat a lieu en février 1944 et déjà il se distingue par une victoire face à un Me-109, avion parmi les plus performants de l’époque. Malheureusement, son P-51 mustang se fait abattre lors de sa 8ème mission au-dessus de la France. Il arrive à sauter de son avion mais se fait capturer par des soldats allemands; cependant, des résistants français ont vent de l’histoire et décident d’aller secourir le jeune pilote. L’opération est un succès et Chuck réussi à rejoindre son escadron en Angleterre. Il s’avère que ce jeune pilote est extrêmement talentueux dans l’art du combat aérien ou « dogfight ». P-51 glamorous glennis

Il acquiert le statut d’as avec 13 victoires, il abat, le 12 octobre, cinq Me-109 et le 27 novembre, 4 Fw-190. Il est aussi l’un des premiers pilotes à abattre un Me-262, premier chasseur à réaction à entrer en service. La plupart de ses missions consistaient en fait à détruire les fabriques d’armes qui, selon l’état-major, étaient artisanales, vu que les usines avaient été détruites. Ils devaient alors mitrailler n’importe quelle maison dans la campagne allemande. Conscient des atrocités commises par son escadron sur ordre de leur commandement, il dit lui-même à un de ses équipiers : « Si nous faisons ce genre de choses, il faut vraiment s’efforcer d’être dans le camps des vainqueurs ». Tout comme Saint Éxupéry disait : «Il est prudent d’être vainqueur ».

 

Pilote d’essai

Chuck Yeager revient aux Etats Unis en 1945 où il est assigné comme instructeur puis pilote d’essai à la base de Muroc fields qui deviendra la fameuse base Edwards. L’après-guerre voit la naissance de tensions entre les Américains et les soviétiques et dans cette optique de début de guerre froide les deux pays se livrent une course acharnée pour prouver leur supériorité technologique. photo6 Les Américains gagnent la toute première de ces courses le 14 octobre 1947 à 10h18. En effet des ingénieurs construisent un petit avion-fusée dessiné à partir d’une balle de fusil de 12,7mm pour essayer de percer une barrière considérée comme infranchissable : « Le mur du son ». Plusieurs pilotes s’y étaient déjà frotté et y avaient souvent perdu la vie, mais pour tous le même constat, dès qu’ils s’approchaient de cette « limite » les commandes gelaient et l’avion devenait incontrôlable. Chuck Yeager se porte volontaire pour cette expérience malgré deux côtes cassées lors d’une chevauchée la veille dans le désert. Sa blessure est assez handicapante car elle lui empêche d’atteindre la poignée de fermeture de la trappe. Il doit alors se confectionner un levier grâce à un manche de ballet qu’il cache dans son blouson de cuir. Largué d’un bombardier B-29 dans la matinée, il va passer, à bord de son X-1 « glamorous glennis » nommé ainsi en hommage à sa femme, ce fameux mur du son. Il devient, selon la traduction de l’expression utilisée, « l’Homme le plus vite du monde ».Bell X-1 « glamorous glennis » La course aux records de vitesse et d’altitude est alors lancée aussi bien entre les deux puissances qu’entre les pilotes eux-mêmes. Ainsi dès qu’un pilote battait un record de vitesse, Yeager reprenait du service pour aller encore plus loin. Cependant, à partir du milieu des années 50, le nouveau défi est la course à l’espace que les soviétiques vont finir par gagner le 12 avril 1961 avec Youri Gagarine et sa fusée Vostok. Les Américains lancent le projet Mercury en 1958 avec comme but final l’envoi d’astronautes américains dans l’espace. Plusieurs pilotes de la base d’Edwards furent sélectionnés mais Chuck ne pouvait pas en faire partie car on lui reprochait de ne pas avoir fait d’études supérieures. Il retourne alors quelques temps en Europe pour commander le 417ème Fighter-Bomber Squadron.
Chuck yeager et son NF-104(tiré du film « L'etoffe des Héros ») Il revient seulement au début des années 60 à Edwards où il va vivre le pire de ses accidents. Chuck souhaite tester le nouveau prototype Lockeed NF-104. Poussant l’avion dans ses derniers retranchements, il perd le contrôle à 33 131m d’altitude et parvient seulement à s’éjecter après une chute de 30 000 m. Il s’en sort malheureusement gravement brûlé au visage. Il bat quand même, lors de ce vol, un record d’altitude pour les avions de ce genre.

 

Chuck Yeager après le crash (tiré du film « L'etoffe des Héros »Fin de carrière et retraite

C’est un de ses derniers vols en tant que pilote d’essai mais il repart combattre pendant la guerre du Vietnam où il exécute 127 missions. En 1986, il intègre la commission Rogers chargée d’enquêter sur l’accident de la navette spatiale Challenger. Pour l’anniversaire des 50 ans du passage du mur du son, il repasse symboliquement le mur du son à bord d’un f-15 Eagle. Il est alors âgé de 74 ans.
Lors de la sortie du film « L’Etoffe des Héros » (1983), il devient mondialement connu et est alors demandé partout dans le monde pour les récits de ses vols. Aujourd’hui général de brigade de l’US Air Force à la retraite, il reste consultant sur les vols d’essai de la base Edwards et continue à voler mais sur des avions bien moins puissant qu’autrefois.
Cet homme est le pionnier de l’aviation moderne, il faisait partie de cette catégorie de pilotes qui défiaient la mort et les limites de la physique, faisant des chutes de 30 000 mètres, volant à des vitesses inimaginables. C’était un pilote d’essai.

Arthur Siriser

Comments are closed.