Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

« Retour au Moyen-âge : l’Enluminure »

Lettrines enluminées en feuille d’or, Liliane Barthélemy

Lettrines enluminées en feuille d’or, Liliane Barthélemy

Aujourd’hui j’ai rendez-vous avec madame Barthélemy, enlumineuse au sein d’une association. Elle va m’expliquez les principes fondamentaux de l’enluminure ainsi que son impact dans la société européenne du Moyen-Âge.

Bonjour Madame Barthélemy, pouvez-vous me parler brièvement de l‘association « Les amis du vieux château » ?

Je suis Vice-présidente de l’association, je m’occupe un peu de tout mais spécialement de l’enluminure. Nous restaurons le château de Volkrange de manière architecturale mais à côté de ça, nous faisons des animations, des manifestations, nous nous sommes lancés dans des ateliers typiquement médiévaux, comme la taille de pierre, le vitrail, etc.… J’ai eu l’occasion de faire trois stages d’enluminures avec des enlumineurs professionnels et après cela j’ai démarrée l’enluminure à mon compte mais également au niveau de mes élèves à l’école, ce n’était pas de la vraie enluminure mais quelque chose d’approchant. J’ai également animé des ateliers avec des enfants un peu plus âgés. Puis nous avons décidé d’écrire cette belle histoire d’Irmangarde et de Guerlach pour en faire un livre.

Nous reviendrons sur l’histoire de Guerlach plus tard, parlons d’enluminure. A quel moment l’enluminure se développe-t-elle au Moyen-Âge en Europe occidentale ?
Le Moyen-Âge dure mille ans, il s’étend de la fin de l’empire romain jusqu’au XVe siècle où il y a eu la découverte de l’Amérique et surtout de l’imprimerie. A partir de cette invention, les manuscrits déclinent. Au départ, au début du Ve siècle, ce sont les moines qui écrivaient tous les manuscrits qui étaient essentiellement des livres saints, ils les calligraphiaient et au fur-et-à-mesure, ils ont commencé à les décorer. Tout d’abord les lettrines, les premières lettres du paragraphe, puis le dessin a pris de plus en plus d’ampleur. A l’association nous travaillons comme au XIIIe siècle

Y-a-t-il eu d’autres « organismes » qui ont participé au développement de l’enluminures au Moyen-Âge ?

Oui tout à fait. Après il y a eu des laïques, qui étaient pour la plupart des étudiants qui se sont spécialisé dans ce domaine. Mais on observe cela à partir du XIIIe seulement sous St Louis qui avait demandé à Robert de Sorbon de créer la première université de France : la Sorbonne. Il fallait alors plus de livre pour les instruire d’où cette « démocratisation » de l’enluminure, avant seul les clercs enluminaient des manuscrits.

Revenons sur l’enluminure en elle-même, quelles sont les techniques de base de l’enluminure ?

Bien commençons par le support. Autrefois les égyptiens, les grecs et les romains écrivaient sur du papyrus. Cependant à l’époque de la grande bibliothèque d’Alexandrie, le pharaon égyptien de la dynastie des Ptolémée a décidé de stopper les exportations de papyrus. Donc les grecs et les romains ont dû inventé un autre support : le parchemin. Il s’agit de peau d’agneau, de chèvre ou encore de veau mort-né. Le procédé de fabrication a été mis au point dans la ville de Pergame dans l’actuelle Turquie. En allemand Pergame se dit « Parchament » ce qui a donné parchemin en français.
Passons à l’encre, elle est souvent confectionnée avec la noix de gale de chêne, il s’agit d’un petit insecte qui pond à l’arrière de la feuille de chêne, celle-ci réagit en l’entourant d’un petit cocon. A l’automne l’insecte sort et on récupère les restes du cocon, que l’on écrase, que l’on fait cuir avec une recette médiévale. Nous le faisons à l’atelier mais je n’ai pas en tête la recette. Il y a entre autres du vin. Cela donne une encre noire qui tient très bien car il y a beaucoup de tanin de chêne. On peut également faire de l’encre avec les cupules des glands de chêne pour le tanin.
Les couleurs sont issues de pigments naturels au Moyen-Âge, aujourd’hui il existe des pigments de substitution mais dans l’atelier nous n’utilisons que des pigments naturels. Les pigments sont d’origines minérales, il y a toute les terres et les ocres, les pierres semi-précieuse et précieuse comme l’azurite ou le lapis-lazuli pour le bleu on écrase en poudre. Le domaine du château de Volkrange avait une valeur d’un livre enluminé. En effet enluminure vient de illuminare en latin qui veut dire « mettre de la lumière ». Pour ce faire ils appliquaient de l’or sous forme de fine feuille. Ce qui explique également son prix.
Pour en revenir aux pigments minéraux il y a également différents minerais comme le cadmium, le blanc de plomb, pour le violet on a le manganèse.
Il y a également des origines végétales, on peut faire des pigments avec un peu près toutes les racines et toutes les écorces. Par exemple j’ai un beau rose réalisé à partir d’hortensia. Le noir est obtenu grâce au charbon de bois
Pour finir on trouve également des pigments d’origine animale comme par exemple un coquillage « le murex » qui donne le pourpre, l’encre de seiche qui donne le sépia, il y a la cochenille qui est un petit insecte qui donne le rouge qui est encore très utilisé aujourd’hui même dans l’alimentation. Le sang est également utilisé

 

Jeanne d’Arc en armure avec sa bannière, Liliane Barthélemy

Jeanne d’Arc en armure avec sa bannière, Liliane Barthélemy

 

A quoi servaient les enluminures au Moyen-Âge ?

Au début elles servaient dans les livres saints, l’enluminure c’est la « bande dessiné » du Moyen-Âge. La majorité des gens ne savaient pas lire, donc on dessinait à côté pour raconter le texte. Cela servait au clergé pour expliquer la parole de Dieu au laïque illettrés. Par la suite tous les grands seigneurs voulaient avoir leur livre, il appelait cela un « livre d’heure ». Ce fut l’apogée de l’enluminure à la fin du XIVe siècle. On retrouve par exemple Les Très Riches Heures du Duc de Berry où chaque mois il y a une enluminure avec un de ses châteaux et une scène de la vie paysanne. C’est de pars ces enluminures que l’on a appris énormément de chose sur comment les gens vivait à cette époque.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir enlumineuse?

Je me suis toujours intéressée à la peinture, que ce soit à l’huile ou à l’aquarelle. Au dessin en général. Quand nous avons démarré les activités médiévales j’ai eu l’occasion de faire ces stages et tout est parti de là. J’ai continué pour le château, pour moi et pour l’école.

Enfin pouvez-vous me parler du livre que vous avez écrit ?

Au départ nous étions trois dames à travailler dessus car nous avions fait des stages d’enluminures. Nous avons eu envie de raconter cette histoire romantique car c’est celle de notre village, c’est notre patrimoine. Nous avons commencé par réécrire le texte en le calligraphiant à l’aide d’une quatrième personne qui était notre chargé de calligraphie. Dans le même temps nous le mettions en page, c’était un travail énorme car nous avons dû adapter les pages en fonction des livrés et des feuillets qui compose le livre mais également le texte devait correspondre aux illustrations. Une fois cela fait chacune a pris son inspiration et a illustré les pages qui lui parlait. Nous possédons énormément de livre avec des enluminures dont nous nous sommes inspiré pour rester fidèle à ce que l’on pouvait trouver à l’époque. Il faut savoir qu’au moyen âge on essaye d’enluminer toute la page, ils avaient horreurs de laisser des vides. Il y a donc les lettres qui sont enluminées que l’on appelle « lettrines », les marges sont également très décorées. Nous avons donc travaillé tous les lundis après-midi à quatre pendant quatre ans, plus de deux milles heures de travails. Nous n’avons pas réalisé le livre sur parchemin pour des raisons de coût, il ne reste que deux parcheminiers en France, ce n’est également pas idéal pour la conservation, donc pour compensé cela nous pris du papier à la cuve. Il a été fabriqué dans les Vosges, il est à base de chanvre et de lin. Les premiers papiers étaient faits ainsi. Pour les peintures nous avons utilisé les pigments, nous les mélangions avec de la gomme arabique (une résine), de l’eau et du jaune ou du blanc d’œuf. Avec le jaune d’œuf on parle de peinture à tempera et avec le blanc d’œuf on parle de peinture à la détrempe. Nous avons choisi la peinture à la détrempe car celle-ci se conserve très bien au frigidaire, contrairement à la tempéra qui ne se conserve guère plus de 4 heures. De plus la peinture a tempera es d’avantage utilisé pour les fresques murales. Nous avons également utilisé de la feuille d’or, pour que celle-ci adhère, nous avons fabriqué une colle spéciale : le mordant. Il est fabriqué grâce à la gomme ammoniaque provenant du Moyen-Orient que l’on mélange à du vinaigre et de l’eau. Il faut ensuite laisser reposer le tout pendant 48 à 72 heures puis après filtration on obtient le fameux mordant. Pour l’utiliser on l’applique directement sur la feuille on souffle avec l’haleine pour l’humidifier et le rendre collant on applique ensuite la feuille d’or.

Pierre Bertoli

Pour en savoir plus :
Les Grands Courant de l’enluminure

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