Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Supporters, pas criminels…

Mis en ligne le Avril 2018

 

Après les malheureux évènements de Marseille lors de l’Euro 2016 entre supporters anglais et russes, et alors que la Coupe du Monde ne débute que dans quelques mois, la question de la place des supporters les plus fervents et de la violence se pose.

Le mouvement ultra en France et dans le monde

La Torcida Split du Hajduk Split est le plus ancien groupe en Europe (Photo: West Brom 4ever)

L’origine du mouvement ultra est contestée. De nombreux groupes provenant de divers pays comme la Hongrie, le Brésil, la Croatie ou l’Italie en réclament la création sur la base de leurs dates de fondation. Mais c’est bel et bien en Italie qu’apparaissent les premiers groupes de supporters qui se réclament du mouvement ultra à la fin des années 1960.

Le soutien des ultras se traduit par l’animation des rencontres (tifos, chants, etc.) et par l’organisation de déplacements afin de soutenir l’équipe « à l’extérieur ». Un groupe ultra est le plus souvent indépendant de son club. Les ultras n’ont de règles ou de lois mais des principes et un code d’honneur qu’ils ont à cœur de respecter afin d’être respectés par les autres. Voici quelques-uns de ces principes : le soutien inconditionnel de son équipe, où que ce soit et quelles que soient les conditions, solidarité au sein d’un même groupe, l’autofinancement (aucune subvention du club) et la loyauté (lors d’affrontements, pas d’attaques envers femmes et enfants, pas d’armes).

Tifo de l’ultrAslan qui encourage Galatasaray contre Fenerbahçe (Photo:Ultraslansi)

Les groupes ultras se placent généralement dans les kops ou dans les virages, parties du stade regroupant de longue date les supporters les plus actifs et les plus jeunes par le faible coût des places de match. Dans ces tribunes, situées presque intégralement derrière les cages de chaque camp, le groupe ultra se réunit derrière une bâche où leur nom est écrit, avec parfois leur emblème ou d’autres éléments graphiques. Les ultras sont des supporters organisés notamment quand il s’agit de la création de tifos (animations visuelles).

 

Manifestation nationale des ultras le 13 octobre 2012 à Montpellier. (Photo: Benoit Caen)

Les relations entre Ligues de football ou forces de l’ordre et ultras est souvent compliqué (affrontements, interdiction de déplacement, censure). Les ultras manifestent leur mécontentement contre les interdictions administratives de stades, les encadrements et les sanctions contre la pyrotechnie (fumigène, torches…) qui se multiplient.

 

 

L’amalgame entre ultra et hooligan

Il n’existe plus d’hooliganisme pur et dur en France. Les groupes ultras peuvent également provoquer des débordements, notamment en cas de forte présence policière et de supporters adverses mais ça ne fait pas partie de leurs objectifs et idéaux en tant que groupe.

Le tifo contesté lors du match Standard de Liège-Anderlecht du 25 janvier 2015 (Photo: Vberger)

Déjà des points de vue historique et géographique, les deux mouvements sont bien distincts : l’hooliganisme est né en Angleterre il y a plus d’un siècle même si son âge d’or n’est arrivé qu’à partir des années 1980 et le mouvement ultra en Italie dans les années 1960. Les idéaux diffèrent, les hooligans étant focalisés sur la violence et la bagarre pour se faire respecter alors que les ultras se marquent par le soutien à leur équipe.

Un stade de foot est fascinant quand il vit, quand il pousse son équipe vers la victoire, devient ce fameux douzième homme. Et il peut arriver parfois des bagarres, des chants injurieux voire des tifos choquants . La polémique est sur le point d’être lancée, la presse s’indigne, les amalgames se créent, les ultras sont alors décrits par certains comme des « animaux, des drogués, des débiles profonds, des alcooliques ». Pourtant, ce sont également ceux qui s’émerveillent devant un tifo tout en couleur, des réalisations issues des mêmes personnes. N’y aurait-il pas ici une once d’hypocrisie ?

Rencontre avec le « capo » d’un groupe ultra

Tiago, 37 ans, « Capo » du groupe Diabos Vermelhos (« Diables rouges »), groupe de supporters du SL Benfica, club de Lisbonne, autrement dit « l’homme au mégaphone » a accepté de répondre à certaines de nos questions. Jour de match, nous nous sommes donné rendez-vous aux abords du stade pour l’interview avant de partir à Santa Maria da Feira ensemble où allait avoir lieu le match en fin d’après-midi. Dès 10h, Tiago, bière à la main, est prêt pour le match et ça se ressent, la tension est palpable.

Festivités des ultras du SL Benfica après un but (Photo: Alexis Loureiro)

Quand es-tu rentré dans le mouvement ultra ?
« Je suis rentré dans le mouvement Ultra assez tôt, à mes 14 ans ».

Donne-nous ce qui est pour toi la définition d’un ultra.
« Pour moi un Ultra est une personne qui soutient inconditionnellement son club, par tous les temps et toutes les situations, et surtout qui vit sa passion, en dehors du stade, 24 heures par jour, 365 jours par an ».

Tu es le « Capo » des Diabos Vermelhos et non pas le leader, peux-tu nous expliquer la différence ?
« Si je devais expliquer ces deux rôles à quelqu’un de complètement étranger a ce milieu je dirai que le leader est le Président d’un pays et le « Capo » son premier ministre. Le leader gère le groupe en dehors du stade, le Capo c’est pendant le match, c’est lui qui a le mégaphone dans la main, lance les chants, recadre les membres, les pousse à chanter et encourager ».

Mégaphone du Capo des Diabos Vermelhos (Photo: Alexis Loureiro)

Peux-tu nous en dire davantage sur le fonctionnement du groupe (matériel, billetterie, déplacement) ?
« Tout le matériel dont dispose le groupe se trouve soit ici (local du groupe, au stade) ou chez des membres ayant une certaine « importance ». Nous organisons les déplacements nous-mêmes avec nos propres moyens. Tous les membres du groupe ont le Red Pass qui permet d’acheter les billets avant tout le monde et également de pouvoir aller aux matchs à l’extérieur ».

Matériel pyrotechnique des Diabos Vermelhos (Photo: Alexis Loureiro)

Le groupe reçoit-il des aides du club ?
« Non, c’est exactement ce qui nous différencie des ultras « professionnels » comme nos rivaux, nous payons nos billets au même tarif que les autres et nos déplacements également : nous sommes indépendants ».

Peux-tu nous donner ton avis sur le mouvement ultra au Portugal et dans le monde ?
« Je pense qu’il est bel et bien vivant même si très loin de ce qu’il a été durant les années 80-90 surtout à cause de la crise et de la monétisation du football, il y a beaucoup de progrès à faire mais nous ne sommes pas ridicules surtout pour un pays comme le nôtre. Ce qui concerne le reste du monde cela varie vraiment d’un pays à un autre ».

Existe-t-il une organisation, un cadre autour des supporters de football et en particulier des ultras au Portugal ? Y a-t-il de la répression ?
« Comme tu dois le savoir la répression est très présente surtout du fait qu’il y ait divers organismes qu’il y a autour des supporters de football au Portugal qui tentent d’éteindre notre passion. Je sais que c’est la même chose en France et je trouve ça scandaleux. Une police spécialisée dans les évènements sportifs a été créée en 2004 en prévision de l’Euro organisé ici, appelé les « stewards » ».

 

 

 Alexis Loureiro

 

Pour en savoir plus:

Le cri du Parc

Tu sais quand tu es ultra quand…

Mondial 2018 : le hooliganisme, un problème «minuscule» selon la Russie

 

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