Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Tatouage, plus qu’une mode : le 10e art

Mis en ligne en décembre 2017

Pablo Gallo Photo : prise par Ilona Barbot.

Longtemps dénigré et assimilé à la criminalité, le tatouage revêt ces deux dernières décennies ses lettres de noblesse. Les expositions dans le monde entier se multiplient, ainsi que les écrits. L’histoire oubliée du 10ème art se réécrit de l’Antiquité à nos jours. Découvrez aujourd’hui le tatouage en 10 questions à travers l’interview de Pablo Gallo, étudiant en cinéma passionné par le tatouage et son univers.

1. Considères-tu que le tatouage comme un art différent de la peinture ou du dessin ?

Bien qu’il existe des similitudes entre ces trois arts, le tatouage est bien un art à part entière. Ainsi, il demande une maîtrise d’un autre support que le papier ou la toile : la peau et ses réactions qui varient d’une personne à l’autre. De plus, les tatoueurs doivent connaître de multiples techniques de tatouage, même s’ils se spécialisent. Ils se doivent de maîtriser toutes les nuances de couleurs : un rouge vif n’aura pas la même intensité sur une peau blanche que sur une peau noire, par exemple. On peut ajouter à cela que cet art demande un fort taux d’adaptabilité; les clients ne supportant pas tous la même douleur. Et enfin, il s’agit avant tout d’un art de création et d’imagination impliquant une formation en dessin ou en calligraphie, selon la spécialisation.

2. Que penses-tu des méthodes d’apprentissage du tatouage ?

Il existe des écoles de tatouage au sens propre, mais la véritable école du tatouage selon les puristes est celle que l’on apprend sur le tas. En effet, les écoles classiques ne servent pas réellement aux tatoueurs car elles sont trop généralistes. Ainsi, il s’agit d’un art que l’on apprend en salon en tant qu’apprenti aux côtés d’artistes confirmés. Il n’y a pas de professeur à proprement parler, et l’apprentissage est long et fastidieux. Cependant, il n’a pas de prix et je ne pense pas qu’il existe de meilleure forme d’apprentissage.

3. Que représente le tatouage pour toi ?

Le tatouage représente un moment de vie que l’on souhaite se graver à jamais sur la peau. Depuis la nuit des temps, cet art permet d’écrire l’histoire et d’en marquer certains passages importants : sur les guerriers, par exemple.

4. Que penses-tu des événements liés au tatouage ? Qu’est-ce que cela apporte à la culture, d’après toi ?

De tels événements donnent l’occasion de se faire tatouer par nombre des plus grands noms du tatouage, de mettre en avant de nouveaux artistes montants, de démocratiser cet art et d’en apprendre plus dessus.

 

5. Y as-tu déjà participé ?

En ce qui me concerne, je n’ai eu l’occasion d’assister qu’à un seul de ces événements: le Mondial du tatouage 2015 qui a eu lieu à la Villette. Ainsi, j’ai pu rencontrer les plus gros influenceurs du monde du tatouage tels que Léa Nahon (tatoueuse belge), George Bardadim (tatoueur russe) ou encore Manu Badet (tatoueur français) et bien entendu Tin-tin, organisateur du salon que l’on ne présente plus. Encore jeune lors de cette édition, je n’y ai pas relevé d’œuvre marquante. Cependant, je me dois de stipuler que l’organisation du mondial était remarquable, mettant en avant tant les gros stands que les plus petits, permettant ainsi à tous d’exposer ses œuvres sur peau et sur papier et laissant un libre accès au public pour discuter avec les artistes. De plus, se rendre à de tels événements permet à tout à chacun d’assister à des concours que l’on ne peut assurément pas voir en salon.

6. Penses-tu que le tatouage devrait se démocratiser ?

Contre toute attente, je ne pense pas que le tatouage devrait se « démocratiser ». Effectivement, il risquerait de ne devenir qu’une mode passagère, et non un art. Ce qui tend malheureusement se produire au vu du développement exponentiel des chaînes de salons de tatouage.

7. A quel âge as-tu réalisé ton premier tatouage ? Quelles questions t’es-tu posées ?

Pablo (droite) et son grand frère (gauche) Photo : prise par Ilona Barbot.

Bien que je ne recommande cela à personne, mon premier tatouage a été fait alors que j’étais âgé de 12 ans. Avant que la question ne me soit posée, ce dernier a été réalisé par mon grand frère, à l’époque âgé de 22 ans, grâce à une machine achetée sur internet. Les techniques utilisées étaient primaires, de simples tracés. Etonnamment, je ne me suis posé aucune question si ce n’est « que faire comme tatouage ? »

 

8. Projettes-tu d’en faire d’autres ?

Evidemment, j’en ai aujourd’hui 15 en tête qui devraient être répartis sur mes deux bras (cf : « manches »), mes omoplates et la quasi-totalité de mes jambes. Quant au style de dessins que je désirerais, je n’ai pas d’idée précise bien que le style « cartoon » soit l’un de mes favoris. Enfin, avant que la question ne me soit posée, j’adorerais me faire tatouer par Noka (tatoueur français) qui a tatoué mon frère, et Kat Von D (tatoueuse américano-mexicaine), artiste pour laquelle j’ai beaucoup d’admiration.

9. Selon toi, dans quel pays européen le tatouage est le mieux représenté ? Que penses-tu de son intégration en France ?

L’Angleterre a une ouverture d’esprit impressionnante en ce qui concerne le tatouage et représente une grande part de son histoire (cf : punk). Malgré tout, depuis quelques années, l’Allemagne fait figure de rendez-vous incontournable pour les tatoueurs du monde entier. En ce qui concerne la France, son intégration est excellente: elle fait partie du top 5 des meilleurs tatoueurs d’Europe et du top 10 international, ce qui n’est pas négligeable.

10. Une personne contre le fait de se faire tatouer peut-elle tout de même être saisie par l’art du tatouage ?

Affiche du mondial du Tatouage 2018 Photo : http://www.mondialdutatouage.com/2018/ .

Artistiquement parlant, les personnes contre le tatouage peuvent tout de même être saisies par la beauté et l’émotion contenues dans une pièce, à l’instar d’une peinture ou d’un dessin. C’est pourquoi j’invite les non initiés à consulter ces trois ouvrages, pour en savoir plus sur le monde du tatouage : « Le tattooisme » de Chris Coppola, l’ensemble des œuvres de Kate Von D et « L’Atlas mondial du tatouage » d’Anna Felicity Friedman. J’invite également quiconque à se rendre à la prochaine édition du Mondial du tatouage, qui aura lieu du 9 au 11 mars 2018 à la Villette.

 

 

Propos recueillis par Ilona Barbot.

 

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