Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Un instrument révolutionnaire : le Seaboard

Mis en ligne en décembre 2017

Prenez un ordinateur portable, clavier rabattu. Noir, rectangulaire, fin et lisse. Etirez- le ensuite pour lui donner une forme plus allongée. Maintenant, recouvrez- le horizontalement de 61 vagues siliconées, en prenant garde de laisser un espace lisse sur les parties latérales et avant. Il ne reste plus qu’à agrémenter le tout d’une palette circulaire de contrôle, et vous avez devant vous le Seaboard.

Aspect visuel du Seaboard GRAND. Photo Klaus P. Rausch.

D’emblée on pourrait supposer que cet instrument est semblable à un clavier classique. Seulement lorsque l’on s’y intéresse de plus près, nous ne tardons pas à constater que cet instrument se démarque des claviers traditionnels.
C’est en 2009 que Roland Lamb fondateur de l’entreprise ROLI lance le projet du « Seaboard », un instrument particulier qui ressemble à première vue à un piano mais qui en revanche ne possède pas de touches blanches et noires, mais un clavier entièrement ondulatoire et siliconé, supprimant tout intervalle ou rupture entre les touches.

Quel est donc l’intérêt de concevoir un tel instrument ?

Soulignons que lorsqu’un pianiste touche une note, il a la possibilité de faire varier la puissance de cette note en appuyant plus ou moins fort sur la touche, ou en utilisant différentes pédales pour ajuster le vibrato et la longueur de la note. Mais ces variations que l’on peut obtenir sur un piano classique sont selon Roland Lamb bien inférieures au spectre proposé par les guitares ou les instruments à vent. En effet les sons émis par ces instruments peuvent varier en fonction de la pression des doigts mais également de la puissance du souffle. Roland Lamb a donc eu l’idée de proposer un piano doté d’autant de nuances différentes. C’est ainsi qu’il a créé le « Seaboard Grand », premier prototype de la gamme Seaboard se présentant sous la forme d’un clavier ondulatoire disposant d’une surface de contact continue qui offre ainsi une infinité de possibilités de son pour un seul contact en opposition aux claviers classiques aux touches séparées qui ne permettent qu’une seule note par touche.
La particularité du Seaboard se note par ses composantes ; en effet sous son clavier l’instrument possède une série de capteurs de pression qui vont permettre à l’utilisateur de modifier à sa guise les sons qu’il va produire. Cet instrument dispose également d’une surface tactile permettant de changer le timbre des notes générées. Il est aussi possible de contrôler la hauteur du son, ou encore de créer un effet vibrato par la pression ou le déplacement des doigts sur le clavier d’une façon spécifique (appuyer plus ou moins fort pour contrôler la hauteur, faire vibrer son doigt pour donner un effet vibrato ou encore faire glisser son doigt le long de la touche pour donner un effet glissendo à la note).
Le Seaboard Grand est doté de 61 touches ce qui en fait un instrument plus petit que le piano classique qui en possède en général 88. Il est également possible de brancher des pédales MIDI au Seaboard afin de simuler le rôle des pédales d’un vrai piano à savoir, atténuer les notes, réduire le niveau sonore ou encore maintenir la ou les notes jouées une fois la touche ou les touches relâchée. Cette fonctionnalité permet au Seaboard d’avoir un spectre de variations d’autant plus large qu’il ne l’est déjà.

 

De nouvelles perspectives d’expression musicale

Toutes ces caractéristiques nous permettent d’accéder à de nouvelles perspectives d’expression musicale. Pour les musiciens les plus expérimentés, la sensibilité extrême des touches (combinée à une bibliothèque de sons spécifiques) va permettre à l’utilisateur de reproduire des sons de certains instruments à l’identique, comme par exemple : un violon, une flûte traversière, une guitare électrique, une basse, ou encore un saxophone… Cette fonctionnalité attire de plus en plus de compositeurs qui se voient intéressés par cette capacité à remplacer tout un orchestre à l’aide d’un seul instrument. Parmi eux Hans Zimmer, compositeur des musiques des films Pirates des Caraïbes, Inception, ou encore Interstellar, s’est exprimé sur l’instrument : « Le Seaboard est un instrument vraiment intéressant, parce que l’on essaie toujours de trouver comment rendre la musique d’autant plus expressive qu’elle ne l’est déjà. Je me suis toujours impliqué dans la musique et dans la technologie, c’est une relation que nous sommes en train de développer ici. »
Comme la plupart des synthétiseurs, le Seaboard est un contrôleur MIDI ; on désigne un contrôleur MIDI (Musical Instrument Digital Interface) comme étant une surface qui se connecte avec des accessoires de musique (clavier, pédale d’effets…) ou des logiciels. Les éléments du contrôleur MIDI sont programmables et reçoivent des fonctions pour libérer une commande assignée. Les commandes du contrôleur MIDI permettent ainsi de mixer les fichiers audios.
Le seaboard fonctionne à l’aide du logiciel « Equator Sound Engine » permettant de gérer les fonctionnalités multidimensionnelles des touches. Lors de son achat, une bibliothèque d’une centaine de sons différents est incorporée dans son système. Avec ce même logiciel, il est possible de modifier ces sons afin d’en créer de nouveaux, on retrouve là le rôle d’un synthétiseur classique. La version Grand du Seaboard est dotée d’une palette circulaire centrale située au-dessus du clavier et qui permet de choisir un son dans la bibliothèque de sons fournis par le logiciel, comme beaucoup d’autres synthétiseurs, il est également possible de superposer plusieurs sons différents ce qui offre à l’utilisateur un potentiel de créativité assez vaste. En revanche, l’utilisation d’un tel logiciel nécessite un minimum de compétences musicales et informatiques, de plus pour faire fonctionner correctement ce logiciel il est nécessaire de posséder une bonne configuration interne sur son ordinateur.
Nous avons eu la chance de pouvoir tester le Seaboard Grand dans un magasin de la chaîne Star’s Music à Paris. En effet l’instrument était connecté à un ordinateur ouvert sur le logiciel Equator, ce qui nous permettait de superposer des sons mais aussi de les modifier. Cela nous a permis de composer et d’interpréter des morceaux avec une certaine liberté dans le choix des sons. Nous avons constaté que l’on pouvait brancher le Seaboard par prise jack à une enceinte pour la sortie du son, mais qu’il était également possible de le connecter par bluetooth à une enceinte adaptée (lors de notre essai, des casques étaient branchés à l’instrument). En ce qui concerne la maniabilité de l’instrument, nous en avons jugé qu’il était plutôt difficile de prendre en main un tel instrument de par la dimension des touches qui, de ce fait, impose une grande précision manuelle afin d’obtenir la note voulue.
De même, il est difficile de maîtriser la variation des sons, car le clavier est incroyablement sensible. Il suffit d’un léger mouvement de doigt pour modifier la hauteur et le timbre de la note, c’est pourquoi nous avons rencontré beaucoup de difficultés à interpréter certains morceaux.
Il est évident que le Seaboard n’est pas instrument accessible à tous, dans un premier temps par son coût (400 à 10 000 euros, plus le coût d’un ordinateur adéquat) mais aussi par sa difficulté de prise en main. Même un musicien expérimenté éprouvera quelques difficultés pour maîtriser cet instrument.
Le Seaboard offre à l’utilisateur une grande liberté d’expression musicale de par ses différentes fonctionnalités, son clavier tactile et ses touches en 3 dimensions. Roland Lamb, PDG de l’entreprise ROLI a donc su allier musique et technologie en se basant sur les fonctionnalités des synthétiseurs, pour finalement créer un clavier aux variations quasi-illimitées.

Loïc Bautista Ruiz et Nicolas Bismut-Sudey

 

Pour en savoir plus :

Démonstration du Seaboard GRAND

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