Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Vers des boîtes noires éjectables

Les boîtes noires subissent ces dernières années d’importantes remises en question. On éprouve parfois des difficultés à les retrouver. De plus, avec les dernières avancées technologiques, il est maintenant possible de fabriquer de nouveaux appareils plus sophistiqués et plus résistants. Le sujet de l’innovation revient donc souvent sur la table, notamment lors de la disparition mystérieuse d’un avion.

Souhaitable à plus d’un titre

Une boîte noire actuelle.

Une boîte noire actuelle.

Retrouver une boîte noire est particulièrement difficile lors d’un crash maritime. L’enfouissement et la corrosion ajoutent aux problèmes déjà présents. Déjà en juin 2009, avec la disparition du vol AF447 (Rio de Janeiro-Paris), la question du rééquipement des avions avait été posée. Si quelques morceaux de l’épave furent repêchés très rapidement, la localisation du reste de l’appareil et des boîtes noires prit deux ans. Plus récemment, la disparition du vol MH370 (Kuala Lumpur-Pékin), en mars 2014 dans l’océan Indien, a ramené ce sujet au premier plan. Comment se fait-il, avec les technologies dont nous disposons, que nous ne soyons pas capables de retrouver ces boîtes noires très rapidement ?

Depuis le crash du vol Rio-Paris, aucun changement n’a été effectué. Quelle en est la raison? La réponse est simple : il n’existe aucune réglementation rendant obligatoires les recommandations du BEA (Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile). Localiser rapidement les boîtes permettrait pourtant d’économiser des millions de dollars en recherches parfois infructueuses – et bien sûr de diminuer le temps d’attente pour les familles des victimes. En outre, comme l’a montré le crash d’un A320 sur le mont Saint-Odile en1992, la violence de l’impact pose parfois le problème de la récupération des données. Installer dans les avions civils des boîtes noires éjectables est donc souhaitable à plus d’un titre.

Sur les avions militaires depuis 1967

C’est d’ailleurs parfaitement possible : les avions militaires sont équipés de boîtes noires éjectables depuis près de cinquante ans (1967), et des équivalents civils existent depuis 1997. Ces appareils sont des DFIRS (deployable flight incident recorder set). Ils peuvent flotter et possèdent également une ELT (emergency locator transmitter) qui permet de les localiser rapidement. Ils sont parfaitement opérationnels puisqu’ils ont déjà accumulé plusieurs dizaines de milliers d’heures de vol sur les avions de combat américains F-18 Hornet. Montée dans un logement du fuselage équipé d’un ressort, la boîte noire est éjectée en cas de problème (forte décélération, impact…). Ses chances d’être repérée, et en état de fonctionnement, sont donc grandement augmentées. Parallèlement, un flotteur l’empêche de couler avec l’épave.

Les principaux éléments d’un système DFIRS (deployable flight incident recorder set).

Déclenchement du signal d’éjection.

Autre innovation des DFIRS : les cartes mémoire sont protégées par un boîtier blindé, car il peut arriver que la boîte noire ne soit pas éjectée avant le crash. Cela permet d’éviter que les données soient endommagées.

Airbus et Boeing en désaccord

En 2012, Airbus a présenté un système novateur ne nécessitant ni électricité ni charge pyrotechnique : l’enregistreur de vol est bloqué par une grille conçue de manière à se rompre au-delà d’une certaine force (calculée en fonction de l’accélération maximale que peut subir l’avion sans dommages). Ce système reste cependant faillible, car il dépend notamment de l’inclinaison de l’avion. Un parachute se déploie par la suite afin que l’enregistreur atteigne le sol intact. Cependant, le coût d’un seul de ces dispositifs se situe entre 25 000 et 30 000 euros, et les compagnies aériennes ne semblent pas prêtes à effectuer ce changement sur les avions qu’elles possèdent. Airbus a une nouvelle fois proposé cette idée en 2014, lors du crash du vol MH370. Dans un premier temps, le constructeur voudrait équiper ses appareils long-courriers.

Mais son principal concurrent, Boeing, n’envisage aucune nouveauté en matière de boîtes noires. Selon lui, les risques d’éjection inopinée seraient supérieurs aux risques de disparition totale d’un avion. En effet, les calculs statistiques semblent démontrer que le risque d’éjection par erreur serait de 4 à 6 par an, alors que la probabilité d’une disparition totale en mer d’un avion qui ne serait pas retrouvé au bout d’un an (comme le vol MH370) n’est que de 1 tous les dix ans…

Enfin des normes internationales

Cette idée est cependant largement contestable : ne vaudrait-il mieux pas que quelques boîtes noires soient éjectées accidentellement plutôt qu’un avion entier disparaisse ? Depuis le crash du vol MH370, la communauté internationale a décidé de réagir : en septembre 2014, l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale) a fixé les nouveaux paramètres que les compagnies doivent respecter. Ces nouvelles normes sont largement inspirées du rapport d’enquête du BEA sur le vol AF447. Équiper chaque nouvel avion civil d’une boîte noire éjectable en fait partie. Il faudra cependant attendre 2018 pour que les premières normes soient appliquées, et 2020 pour les boîtes noires éjectables.

Timothée Grobois-Favreau

Pour en savoir plus

« Quel avenir pour les boîtes noires ? » (site Hist’Aero)
Forum Crash-Aérien.aero
« Sécurité aérienne : bientôt des boîtes noires éjectables ? » (Sciences & Vie)

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