Le Cygne noir 2017-2018

Le Cygne noir 2017-2018

Journal des élèves de l'IPSA Paris

Vol 571

13 octobre 1972. À bord du vol 571, qui relie Montevideo (Uruguay) à Santiago (Chili), quarante-cinq personnes. Parmi elles, les joueurs d’une équipe de rugby uruguayenne, accompagnés de leurs proches, qui rallient Santiago, où ils doivent disputer un match.

Un crash en milieu hostile

 

Les premiers jours des survivants devant l’avion

Les premiers jours des survivants devant l’avion

À la frontière entre l’Argentine et le Chili, au-dessus de la cordillère des Andes, le pilote de l’appareil, qui navigue à l’estime dans les nuages, croit avoir franchi le passage et amorce la descente sur Santiago. L’avion heurte un glacier. La queue se décroche. Douze personnes, dont l’équipage, décèdent sur le coup ; cinq autres succombent bientôt à leurs blessures.

 

 

Le désespoir des survivants

Les premiers jours sont rudes pour les survivants. Perdus au milieu de nulle part, ils se nourrissent des denrées disponibles dans la carlingue. Très vite, la pénurie se fait sentir, les contraignant au rationnement. Ils se raccrochent au monde extérieur en écoutant la radio de bord, qu’ils sont parvenus à réparer, et qui les informe de l’avancée des secours partis à leur recherche. C’est ainsi qu’ils apprennent, onze jours après l’accident, que les autorités arrêtent les fouilles, les laissant pour morts. Dans le désert blanc, leurs chances de survie et leurs espoirs s’éteignent au fur et à mesure.

Instinct de survie ou résilience ?

Les corps des passagers morts pendant l’accident, parfaitement conservés par les températures négatives, s’imposent comme source de nourriture. Les rescapés deviennent anthropophages : « […] Le jour est arrivé où nous n’avions plus rien à manger, et nous nous sommes dit que si le Christ, pendant la Cène, avait offert son corps et son sang à ses apôtres, il nous montrait le chemin en nous indiquant que nous devions faire de même : prendre son corps et son sang, incarnés dans nos amis morts dans l’accident… Et voilà, ça a été une communion intime pour chacun de nous… C’est ce qui nous a aidés à survivre… », ont-ils déclaré à la presse après les faits.

Les survivants agitant les bras pour les secours

Les survivants agitant les bras pour les secours

Ils recréent alors une sorte de société, dans laquelle Carlos Páez Rodríguez se charge de découper les corps, une tâche qu’il effectue à l’abri des regards des autres, afin qu’il ignorent qui ils mangent. À l’issue du sauvetage, il a gardé de lourdes séquelles psychologiques.
Quelque deux mois après le crash, profitant d’une période de dégel, Nando Parrado et Roberto Canessa, qui sont en meilleure forme que le reste des rescapés, partent chercher de l’aide. Au bout de dix jours de marche et 70 kilomètres sans équipement adapté, ils tombent sur le huaso (gaucho) Sergio Catalán, qui donne l’alerte. Les secours sont lancés.

« Je devais manger des morceaux de mes amis pour survivre »

L’épisode du vol 571, ou « miracle des Andes », est l’un des crashs aériens les plus connus des années 1970. Les 16 survivants, secourus le 23 décembre 1972, ont beaucoup fait parler d’eux par la suite et ont été marqués à jamais par l’expérience humaine traumatisante qu’ils ont partagée : « Je devais manger des morceaux de mes amis pour survivre. » Parfois jugés pour leurs actes, ils ont suscité beaucoup de questions quant au tabou moderne de l’anthropophagie, au sujet de laquelle la loi française ne prévoit rien, la considérant moralement inimaginable.

Charlotte Garnier

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